‹ Marino FalieroChapitre 3 sur 77 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ELENA. Elle est assise et brode une êcharpe.

Une écharpe de deuil , saps chiffre , sans devise ! Hélas , triste présent ! mais je l'avais promise , Je devais l'achever... Vaincu par ses remords , Du moins après ma faute , il a quitté nos bords ; Il recevra ce prix de l'exil qu'il s'impose.

Elle se lève et s'approche de la fenêtre. Le beau jour ! que la mer où mon œil se repose , Que le ciel radieux brillent d'un éclat pur ; Et que Venise est belle entre leur double azur ! Lui seul ne verra plus nos lagunes chéries : 11 n'est qu'une Venise ! on n'a pas deux patries !... Je pleure... oui, Fernando , sur mon crime et le tien. Pourquoi pleurer? j'ai tort : les pleurs n'effacent rien. Mon bon , mon noble époux aime à me voir sourire ; Eh bien ! soyons heureuse , il le faut. . . Je veux lire.

Elle s'assied et ouvre un livre.

Le Dante , mon poète ! essayons... je ne puis. Nous le lisions tous deux : je n'ai pas lu depuis.

Elle reprend le livre qu'elle avait fermé. Ses beaux vers calmeront le trouble qui m'agite.

h C'est par moi qu'on descend au séjour des douleurs-; « C'est par moi qu'on descend dans la cite' des pleurs ; « C'est par moi qu'on descend chez la race proscrite.

« Le bras du Dieu vengeur posa mes fondernens ; « La seul^éternité* pre'céda ma naissance, « Et comme elle à jamais je dois survivre au temps : « Entrez, maudits , plus d'espérance! »

Quel avenir , d ciel ! veux-tu me révéler ? Je tremble : est-ce pour moi que ces vers font parler La porte de l'abîme , où Dieu dans sa colère Plonge l'amant coupable et l'épouse adultère? Où suis-je et qu'ai-je vu? Fernando!

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