‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 103 sur 305 · SCENE I. — Saverny, Laffemas · texte numérisé non relu

SCENE I. — Saverny, Laffemas

LAFFEMAS

Comment le vieux marquis de Nangis a-t-il pris La mort de son neveu ?

SAVERNY

Sans bruit, sans pleurs, sans cris.

LAFFEMAS

Il l’aimait fort pourtant?

SAVERNY

Comme on aime sa vie.

Sans enfants, il n’avait qu’un amour, qu’une envie,

Qu’un espoir, — - ce neveu, qu’il aimait d’un cœur chaud, Quoiqu’il ne l’eût pas vu depuis cinq ans bientôt.

LAFFEMAS

Je sais. Il m’en parlait sans cesse, en chasse, à table.

Car je l’aime du cœur, ce vieillard respectable,

Et je suis enchanté que son neveu soit mort.

Comment !

SAVERNY

LAFFEMAS

Vous comprenez, j’aurais eu du remord... J’aime fort le marquis de Nangis. C’est mon hôte.

On est très bien chez lui. Mais devoir n’est pas faute.

Quoi ?

SAVERNY

LAFFEMAS

J’avais l’ordre ici d’arrêter son neveu.

Mais j’apprends

Je trouve qu’il est mort. C’est charmant !

Haut.

SAVERNY, à part.

Ventredieu !

Monsieur, puis-je savoir ici qui j’accompagne?

LAFFEMAS

Monsieur de Laffemas, intendant de Champagne Et lieutenant civil.

SAVERNY, à part.

Lieutenant infernal !

Celui qu’on a nommé bourreau du cardinal!

Moi qui, pour me cacher, courrier de ma mort fausse, Venais ici moi-même y voir faire ma fosse!

Laffemas! — Fuir serait imprudent. — J’attendrai.

Car je ne puis partir avant d’être enterré.

LAFFEMAS

Que dites-vous donc là dans vos dents?

SAVERNY

Je calcule

Quj il est faux que le sang passe par la jugule.

Et qu’on devrait punir Pecquet et les savants

Qui, pour voir leurs poumons, ouvrent des chiens vivants.

LAFFEMAS

C’est affreux ! Ces docteurs sont sans miséricorde !

Ce sont des cruautés à punir de la corde!

SAVERNY

Vous les pendriez bien, n’est-ce pas?

LAFFEMAS

A l’instant.

J’en ai fait pendre cent qui n’en faisaient pas tant !

Ces pauvres chiens ! Vivants !

SAVERNY

Vous avez dû connaître Monsieur le maréchal de Marillac?

LAFFEMAS

Mon maître!

Je le porte en mon cœur. — Oui, c’est moi qui lui fis Trancher la tête en Grève. Il avait quatre fils Charmants!

SAVERNY

Et Bassompierre ?

LAFFEMAS

Un vaillant de Castille !

Un dieu! C’est moi qui l’ai conduit à la Bastille.

SAVERNY

Et monsieur Henri deux, duc de Montmorency?

LAFFEMAS, la main sur son cœur.

Il est là. — Je l’ai fait décapiter aussi.

Avec Souvré, Lansac, Champmaillard, Boiscervoise. Ces bons amis ! jamais ils ne m’ont cherché noise.

Il n’en est qu'un qui m’ait gardé rancune, un sot!

un sur

Jars, qui reçut sa grâce au pied de l’échafaud.

Nous ne nous voyons plus depuis.

SAVERNY

Et Boutteville?

Celui-là m’a traité d’une façon civile !

J’en pleure d’y penser. Je l’ai fait décoller

Aux Halles. Non, en Grève. Ah! cela fait trembler!

Pour un duel ! — ■ Maintenant un duel vaut la potence.

C’est renchéri.

SAVERNY

LAFFEMAS

Hé bien, moi qui lus leur sentence.

J’aime tous ces gens-là. — ■ Souvré m’a fait prévôt, Lansac m’a fait baron. Le Marillac me vaut La lieutenance, avec la maison de campagne. Montmorency m’a fait intendant de Champagne. Ma petite fortune enfin, je la leur dois.

SAVERNY, à part.

Il jouit à compter des têtes sur ses doigts ! Des morts de sa façon il fait sa litanie, Les fait décapiter, pendre en cérémonie. Puis il leur dit après son ora pro nobis!

A la scène suivante, Laffemas vient de reconduire le marquis de Nangis désespéré.

LAFFEMAS, revenant.

Ah! vraiment! quel malheur!

SAVERNY, amèrement.

Avoir pris Saverny vous vaudrait quelque office.

LAFFEMAS

Ah ! ce n’est pas pour moi ! J’ai fait mon sacrifice.

BRICHANTEAU, bas à Saverny.

Quel est cet homme noir?

SAVERNY, bas.

Laffemas.

BRICHANTEAU, tressaillant.

Le corbeau

Est noir de même, et vient à l’odeur du tombeau- Que veut ce juge ici?

SAVERNY, bas.

Prendre mon excellence

BRICHANTEAU, bas.

Devant un tel témoin, plus que jamais, silence!

Comme variante de la première scène du troisième acte, nous avons retrouvé une curieuse page, isolée, du même format que le manuscrit. Sur cette page, sans indication d’acte ni de scène, trois versions; dans l’une, la scène se passe au troisième acte entre Brichanteau et Laffemas, avec Saverny pour témoin; peu de variantes. Les deux autres versions mentionnent Laffemas, Bellegarde, L’Angely, l’abbé de Gondi; nous sommes donc chez le roi et au quatrième acte.

Entre Laffemas. Les courtisans l’accablent de politesses.

BELLEGARDE, à L’Angely.

Bouffon, quel est cet homme à fourrure d’hermine?

L’ANGELY

A qui de toute part on fait si bonne mine?

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