SCÈNE VIII. — Le Roi, L’Angely
A noter d’abord que toutes les répliques désolantes étaient dites par le roi ; L’Angely ne faisait qu’acquiescer, comme le prouve la surcharge des noms avant chaque vers; au commencement de la scène c’était le roi qui interrogeait :
N’est-ce pas que la vie est une chose amère?
L’ANGELY
Hélas, sire!
etc. , jusqu’à :
Fou! je suis malheureux! entends-tu bien cela?
Mais bientôt se place une autre particularité. C’est après cette question :
Et comment veux-tu donc que je rie?
que venaient, avec quelques interversions, les vers utilisés définitivement dans la scène avec le duc de Bellegarde :
Moi, le premier de France, en être le dernier!
Ces vers sont biffés; nous en reproduisons la dernière partie, biffée aussi :
LE ROI
Et toujours de la pluie !
L’ANGELY
Vous souffrez donc bien, sire?
LE ROI
Ah! bien plus! Je m’ennuie.
Rêvant.
Cardinal !...
L’ANGELY
Voyez-vous? Vos peuples dans la nuit Vont marchant, l’œil fixé sur un flambeau qui luit,
Il est le flambeau, vous, vous êtes la lanterne Qui le sauve du vent sous sa vitre un peu terne.
LE ROI
sanglant fanal, phare
Tu ris, mais tu dis vrai. C’est un homme infernal.
On reconnaît les vers dits par les jeunes seigneurs au deuxième acte.
Plus loin, nous voyons que l’admirable trouvaille du mot d’ordre : Clémence a été ajoutée après coup. Voici le premier enchaînement :
LE ROI
Ils mourront!
L’ANGELY
C’est cela.
LE ROI
y en ai l’âme attendrie!
Pauvre fauconnerie !
Au lieu de ce vers haché, venait celui-ci :
LE ROI
Que vas-tu devenir, pauvre fauconnerie?
L’ANGELY
Sire, il faut tous mourir. Jfufon chante ou que l’on crie,
'Qufon soit dijforme ou beau, qu’on soit grand ou petit,
La mort dévore tout d’un égal appétit.
A la page suivante la scène tournait court :
LE ROI
Deux fameux fauconniers et mon fou pour un duel !
Crois-tu, si je voulais, que je serais le maître?
Puis quelques vers amusants, biffés :
Ils me pendront, à moins que le roi ne me signe...
LE ROI
Plus que jamais je t’aime! — Ah! comme il se resigne!
S’approchant du bouffon et s’appuyant affectueusement sur son épaule.
Écoute, — être
Vois-tu? detre pendu, cela fait peu de mal.
Et puis, cela fera plaisir au cardinal.
Il me remercîra.
L’ANGELY, s’éloignant brusquement.
Grand merci!
LE ROI
Ton office
Va donc vaquer! — Allons, je fais mon sacrifice!
L’ANGELY, à part.
Je ne fais pas le mien ! Par le mauvais côté Il a pris tout cela.
Haut.
Mais votre majesté N’aurait qu’à dire un mot. . .
LE ROI
Qui donc me fera rire?
La fin de l’acte a été très modifiée en marge. Voici la première version, biffée
Nangis avait raison : un mort jamais ne sert,
Et Montfaucon peuplé rend le Louvre désert.
Je suis ravi d’avoir fait grâce à ces deux hommes,
Nangis est vénérable entre les gentilshommes.
A ces deux fauconniers. C’est l’art des gentilshommes,
Quand on coupe une tête , il faut savoir pourquoi !
l’estime
Luynes le goûtait fort. Je m’en mêle aussi, moi.
Le cardinal sera furieux, mais, ma foi.
Tant pis, cela fera plaisir à Bellegarde.
L’ANGELY
On peut bien une fois être roi par mégarde.
LE ROI, se promenant à grands pas et se frottant les main
Monsieur le cardinal, monsieur le cardinal!
C’est le commencement ! — Et vous aurez du mal !
C’est une trahison que de venir en face
Au fils du roi Henri rayer son droit de grâce !
Dans les plis de sa robe il me prend, L’Angely,
Et comme en un linceul j’y suis enseveli.
Cet homme est mon sépulcre, et mes peuples me pleurent.
Pour cet acte pas de date finale; trois nombres : 412-416-432. — Le chiffre définitif est 400.