‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 170 sur 305 · ACTE III. — LE ROI · texte numérisé non relu

ACTE III. — LE ROI

Un cuistre, un de ces fous lugubres et sans flammes Qui pensent qu’il suffit, pour que toutes les femmes Et tous les cœurs charmés se rendent devant eux,

De pousser des soupirs avec un air piteux!

BLANCHE, le repoussant.

Laissez-moi ! — Malheureuse!

LE ROI

Oh! sais-tu qui nous sommes La France, un peuple entier, quinze millions d’hommes, Richesse, honneurs, plaisirs, pouvoir sans frein ni loi,

Tout est pour moi, tout est à moi, je suis le roi!

Eh bien! du souverain tu seras souveraine.

Blanche! je suis le roi, toi, tu seras la reine!

BLANCHE

La reine! et votre femme?

LE ROI, riant.

Innocence! ô vertu!

Ah! ma femme n’est pas ma maîtresse, vois-tu?

BLANCHE

Votre maîtresse! oh! non! quelle honte!

LE ROI

La fière!

BLANCHE

Je ne suis pas à vous, non, je suis à mon père!

LE ROI

Ton père! mon bouffon, mon fou! mon Triboulet!

Ton père! il est à moi! j’en fais ce qui me plaît!

Il veut ce que je veux!

BLANCHE, pleurant amèrement et la tête dans ses mains.

O Dieu! mon pauvre père!

Quoi! tout est donc à vous!

Elle sanglote. Il se jette à ses pieds pour la consoler.

LE ROI, avec un accent attendri.

Blanche! oh! tu m’es bien chère! Blanche, ne pleure plus. Viens sur mon cœur!

BLANCHE, résistant.

LE ROI, tendrement.

Jamais!

Tu ne m’as pas encor redit que tu m’aimais.

Oh ! c’est fini !

BLANCHE

LE ROI

Je t’ai, sans le vouloir, blessée.

Ne sanglote donc pas comme une délaissée.

Oh! plutôt que de faire ainsi pleurer tes yeux, J’aimerais mieux mourir, Blanche! j’aimerais mieux Passer dans mon royaume et dans ma seigneurie Pour un roi sans courage et sans chevalerie !

Un roi qui fait pleurer une femme! ô mon Dieu! Lâcheté !

BLANCHE, égarée et sanglotant.

N’est-ce pas, tout ceci n’est qu’un jeu ?

Si vous êtes le roi, j’ai mon père. Il me pleure. Faites-moi ramener près de lui. Je demeure Devant l’hôtel Cossé. Mais vous le savez bien.

Oh! qui donc êtes-vous? je n’y comprends plus rien. Comme ils m’ont emportée avec des cris de fête ! Tout ceci comme un rêve est brouillé dans ma tête.

Pleurant.

Je ne sais même plus, vous que j’ai cru si doux,

Si je vous aime encor !

* Reculant avec un sursaut de terreur.

Vous roi! — J’ai peur de vous!

LE ROI, cherchant k la prendre dans ses bras.

Je vous fais peur, méchante!

BLANCHE, le repoussant.

Oh ! laissez-moi !

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