ACTE II
LA RENCONTRE
VILLAC.
Messieurs, si le public goûte ses rapsodies, C’en est fait du bel art des tragi-comédies ! Le théâtre est perdu, ma parole d’honneur! C’est ce que Richelieu...
GASSE, regardant L’Angely de travers.
Dites donc monseigneur,
Ou parlez plus bas. . .
BR1CHANTEAU
Baste! au diable l’éminence!
N’est-ce donc pas assez que, soldats et finance,
Il ait tout, que de tout il puisse disposer,
Sans que sur notre langue il vienne encor peser!
BOUCHAVANNES.
Meure le Richelieu qui déchire et qui flatte!
L’homme à la main sanglante, à la robe écarlate!
ROCHEBARON.
A quoi donc sert le roi ?
BRICHANTEAU
Les peuples dans la nuit
Vont marchant, l’œil fixé sur un flambeau qui luit.
Il est le flambeau, lui. Le roi, c’est la lanterne Qui le sauve du vent sous sa vitre un peu terne.
BOUCHAVANNES.
Oh! puissions-nous un jour, et ce jour sera beau,
Du vent de notre épée éteindre ce flambeau!
ROCHEBARON.
Ah! si chacun pensait comme moi sur son compte!...
BRICHANTEAU
Nous nous réunirions...
A Bouchavannes.
Qu’en penses-tu, vicomte?
BOUCHAVANNES.
Et nous lui donnerions un bon coup de Jarnac !
L’ANGELY, se levant, d’une voix lugubre.
Un complot! Jeunes gens, songez à Marillac!
Tous tressaillent, se retournent, et se taisent consternés, l’oeil fixé sur L’Angely, qui se rassied en siience.
VILLAC, prenant Montpesat a l’écart.
Chevalier, tout à l’heure, à propos de Corneille,
Tu m’as parlé d’un ton qui m’a choqué l’oreille.
Je voudrais à mon tour te dire, s’il te plaît,
Deux mots.
MONTPESAT
A l’épée ?
VILLAC.
Oui.
MONTPESAT
Veux-tu le pistolet P VILLAC.
L’un et l’autre.
MONTPESAT, lui prenant le bras.
Cherchons quelque coin par la ville.
L’ANGELY, se levant.
Un duel! Souvenez-vous du sieur de Boutteville!
Nouvelle consternation dans l’assistance. Villac et Montpesat se quittent, l’ceil attaché sur L’Angely.
ROCHEBARON.
Quel est cet homme noir qui me fait peur, ma foi ?
L’ANGELY
Mon nom est L’Angely. Je suis bouffon du roi.
BRICHANTEAU, riant.
Je ne m’étonne plus que le roi soit si triste.