‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 222 sur 305 · LES BOHEMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHEMIENS

Et sur chaque feuillet il avait griffonné quelques vers ou fragments de vers, ou des phrases, le tout biffé.

11 avait fait des recherches assez nombreuses au sujet de Triboulet : la note suivante l’indique, nous la reproduisons avec ses abréviations.

Trib. « — fou de L. XII et de Fs I", né à Blois (voir YHifloire de Blois , par Bernier,

(l) Triboulet.

preuves, page 39). Tout à fait difforme et impuissant (v. Marot, Siège de Pesquaire) , idiot, disait-on, meurt en 1536.

En effet, le médecin Jean Bernier avait publié une Histoire de Blois très complète; et il avait donné de nombreux renseignements sur Feurial qui était né aux environs de Blois et devint Triboulet sous Louis XII.

Le poète Jean Marot, le père de Clément Marot, raconta l’odyssée de Triboulet lorsque celui-ci accompagna le roi dans son expédition contre les Vénitiens en 1509; à cette époque Jean Marot, qui devint plus tard valet de chambre de François Ier, était historiographe de la cour et dépeignait les terreurs de Triboulet au siège de Peschiera; le pauvre fou, affolé par le bombardement, se cachait sous son lit :

Triboulet fol du roi oyant le bruyt, l’horreur, Couroit parmy la chambre, eut si grande frayeur Que soubz ung lict de camp de peur s’est retiré.

Et croy qu’encor y fuit qui ne l’en eust tiré.

Jean Marot avait tracé du bouffon le portrait suivant :

Triboulet fut ung fol, delà teste écorné,

Aussi saige à trente ans que le jour qui fut né.

Petit front et gros yeulx, nez grand et taille à voste, Estommac plat et long , hault dos à porter hôte , Chacun contrefaisoit, chanta, dança, prescha.

Et de tout si plaisant qu’onc homme ne fascha.

Victor Flugo donne, comme on l’a vu dans sa note, cette indication : «V. Marot, Siège de Pesquaire » . Il savait donc bien qu’il s’agissait de Jean Marot; il avait fait de Peschiera Pcsquaire et finalement Peschière, car dans la scène III de l’acte il fait dire par M. de Pienne à Marot :

J’ai lu dans votre écrit du siège de Peschière Ces vers sur Triboulet : «Fou de tcte écorné,

Aussi sage à trente ans que le jour qu’il est né.»

Il attribue volontairement à Clément Marot ces vers de Jean Marot; Clément en effet jouait un rôle dans le drame à cause de sa célébrité; il avait d’ailleurs

remplacé son père dans ses fonctions de valet de chambre auprès de François Ier.

Victor Hugo semble avoir poussé encore plus loin ses recherches, car au-dessous des quelques notes prises sur Triboulet, nous lisons ces deux lignes :

Brusquet (provençal) lui succède. (Voir Brantôme, Vie du mal Stro=çgi.) Malin, méchant, spirituel.

Brusquet avait en effet succédé à Triboulet comme fou du roi François Ier. Il avait conservé cet emploi sous les trois règnes suivants, et, selon Brantôme, le maréchal Strozzi joua quelques tours d’un goût assez douteux au pauvre bouffon de cour.

Victor Hugo se passionna toujours pour l’étude des bouffons, ainsi qu’en témoigne la note suivante ;

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