‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 234 sur 305 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

AFFRONT SUR AFFRONT

GUBETTA

Comme il plaira à votre altesse. J’ai encore un conseil à vous donner, c’est de ne point vous démasquer. On pourrait vous reconnaître.

DONA LUCREZIA

Et que m’importe? S’ils ne savent pas qui je suis, je n’ai rien à craindre. S’ils savent qui je suis, c’est à eux d’avoir peur.

GUBETTA

Nous sommes à Venise, madame. Vous avez bien des ennemis ici, et des ennemis libres. Sans doute la république de Venise ne souffrirait pas qu’on osât attenter à la personne de votre altesse, mais on pourrait vous insulter.

DONA LUCREZIA

Ah! tu as raison. Mon nom fait horreur, en effet.

GUBETTA

Il n’y a pas ici que des vénitiens. 11 y a des romains, des napolitains, des romagnols, des lombards, des italiens de toute l’Italie.

DONA LUCREZIA

Et toute l’Italie me hait! tu as raison. Il faut pourtant que tout cela change. Je n’étais pas née pour faire le mal, je le sens à présent plus que jamais. C’est l’exemple de ma famille qui m’a entraînée. — Gubetta!

Madame.

GUBETTA

Fais porter sur-le-champ les ordres que nous allons te donner dans notre gouvernement de Spolète.

GUBETTA

Ordonnez, madame; j’ai toujours quatre mules sellées et quatre coureurs tout prêts à partir.

DONA LUCREZIA

Qu’a-t-on fait de Galeas Accaioli ?

GUBETTA

Il est toujours en prison, en attendant que votre altesse le fasse pendre.

THEATRE. — II

IMPRIMERIE NATIONALE

DONA LUCREZIA

Et Guifry Buondelmonte ?

GUBETTA

Au cachot. Vous n’avez pas encore dit de le faire étrangler.

Et Manfredi de Curzola ?

GUBETTA

Pas encore étranglé non plus.

Et Spadacappa ?

DONA LUCREZIA

GUBETTA

D’après vos ordres, on ne doit lui donner le poison que le jour de Pâques, dans l’hostie. Cela viendra dans six semaines. Nous sommes au carnaval.

DONA LUCREZIA

Et Pierre Capra ?

GUBETTA

A l’heure qu’il est, il est encore évêque de Pesaro et régent de la chancellerie. Mais, avant un mois, il ne sera plus qu’un peu de poussière. Car notre Saint-Père le pape l’a fait arrêter sur votre plainte, et le tient sous bonne garde dans les chambres basses du Vatican.

DONA LUCREZIA

Gubetta, écris en hâte au Saint-Père que je lui demande la grâce de Pierre Capra! Gubetta, qu’on mette en liberté Accaioli! En liberté Manfredi de Curzola! En liberté Buondelmonte! En liberté Spadacappa!

GUBETTA

Attendez! attendez, madame! laissez -moi respirer! Quels ordres me donnez-vous là ? Ah ! mon Dieu ! il pleut des pardons ! il grêle de la miséricorde! je suis submergé dans la clémence! je ne me tirerai jamais de ce déluge effroyable de bonnes actions!

Bonnes ou mauvaises, que t’importe, pourvu que je te les paye ?

GUBETTA

Ah! c’est qu’une bonne action est bien plus difficile à faire qu’une mau-

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