‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 250 sur 305 · ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT · texte numérisé non relu

ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT

naissez peut-être, qui est de cette ville, et à qui la chose arrive en ce moment. — Il passe là au fond de la place. — Regardez-le.

On voit passer au fond du théâtre un homme à cheveux blancs, maigre , chancelant, boitant, appuyé sur un bâton, et enveloppé d’un manteau.

ASCANIO

DON APOSTOLO

MAFFIO

Pauvre Montefeltro!

Quel âge a-t-il ?

Mon âge. Vingt-neuf ans.

OLOFERNO.

Je l’ai vu l’an passé rose et frais comme vous.

MAFFIO

Il y a trois mois, il a soupe chez notre Saint-Père le pape dans sa vigne du Belvédère.

ASCANIO

C’est horrible!

MAFFIO

Oh! l’on conte des choses bien étranges de ces soupers des Borgia!

ASCANIO

Ce sont des débauches effrénées, assaisonnées d’empoisonnements.

Voyez, messeigneurs, comme cette place est déserte autour de nous. Le peuple ne s’aventure pas si près que nous du palais ducal. Il a peur que les poisons qui s’y élaborent jour et nuit ne transpirent à travers les murs.

ASCANIO

Messieurs, à tout prendre, les ambassadeurs ont eu hier leur audience du duc. Notre service est à peu près fini. La suite de l’ambassade se compose de cinquante cavaliers. Notre disparition ne s’apercevrait guère dans le nombre. Et je crois que nous ferions sagement de quitter Ferrare.

Aujourd’hui même.

MAFFIO

JEPPO.

Messieurs, il sera temps demain. Je suis invité à souper ce soir chez la princesse Negroni, dont je suis fort éperdument amoureux, et je ne voudrais pas avoir l’air, de fuir devant la plus jolie femme de Ferrare.

OLOFERNO.

Tu es invité à souper ce soir chez la princesse Negroni?

Oui.

Et moi aussi.

Et moi aussi.

Et moi aussi. Et moi aussi.

JEPPO.

OLOFERNO.

ASCANIO

DON APOSTOLO

MAFFIO

GUBETTA, sorcant de l’ombre du pilier.

Et moi aussi, messieurs.

JEPPO.

Tiens, voilà monsieur de Belverana. Eh bien! nous irons tous ensemble. Ce sera une joyeuse soirée. Bonjour, monsieur de Belverana.

GUBETTA

Que Dieu vous garde longues années, seigneur Jeppo!

MAFFIO, bas, à Jeppo.

Vous allez encore me trouver bien timide, Jeppo. Eh bien, si vous m’en croyiez, nous n’irions pas à ce souper. Le palais Negroni touche au palais ducal, et je n’ai pas grande croyance aux airs aimables de ce seigneur Belverana.

JEPPO, bas.

Vous êtes fou, Maffio. La Negroni est une femme charmante, je vous dis que j’en suis amoureux, et le Belverana est un brave homme. Je me suis enquis de lui et des siens. Mon père était avec son père au siège de Grenade, en quatorze cent quatrevingt et tant.

Cela ne prouve pas que celui-ci soit le fils du père avec qui était votre père.

JEPPO.

Vous êtes libre de ne pas venir souper, Maffio.

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