SCÈNE III
Les Mêmes, GENNARO.
DONA LUCREZIA, à part.
Gennaro !
DON ALPHONSE, s’approchant d’elle, bas et avec un sourire.
Est-ce que vous connaissez cet homme?
DONA LUCREZIA , a part.
C’est Gennaro! — Quelle fatalité, mon Dieu!
Elle le regarde avec angoisse. Il détourne les yeux.
GENNARO
Monseigneur le duc, je suis un simple capitaine et je vous parle avec le respect qui convient. Votre altesse m’a fait saisir dans mon logis ce matin. Que me veut-elle?
DON ALPHONSE
Seigneur capitaine, un crime de lèse-majesté humaine a été commis ce matin vis-à-vis la maison que vous habitez. Le nom de notre bien-aimée épouse et cousine dona Lucrezia Borgia a été insolemment balafré sur la face de notre palais ducal. Nous cherchons le coupable.
DONA LUCREZIA
Ce n’est pas lui! il y a méprise, don Alphonse. Ce n’est pas ce jeune homme !
DON ALPHONSE
D’où le savez-vous ?
J’en suis sûre. Ce jeune homme est de Venise et non de Ferrure. Ainsi.. .
DON ALPHONSE
Qu’est-ce que cela prouve?
DONA LUCREZIA
Le fait a eu lieu ce matin, et je sais qu’il a passé la matinée chez une nommée Fiametta.
GENNARO
Non, madame.
DON ALPHONSE
Vous voyez bien que votre altesse est mal renseignée. Laissez-moi l’interroger. — Capitaine Gennaro, êtes-vous celui qui a commis le crime?
DONA LUCREZIA, éperdue.
On étouffe ici! De l’air! de l’air! J’ai besoin de respirer un peu!
Elle va à une fenêtre, et, en passant à côté de Gennaro, elle lui dit bas et rapidement :
— Dis que ce n’est pas toi!
DON ALPHONSE, a part.
GENNARO
Duc Alphonse, les pêcheurs de Calabre qui m’ont élevé, et qui m’ont trempé tout jeune dans la mer pour me rendre fort et hardi, m’ont enseigné cette maxime, avec laquelle on peut risquer souvent sa vie, jamais son honneur : — Fais ce que tu dis, dis ce que tu fais. — Duc Alphonse, je suis l’homme que vous cherchez.
Elle lui a parlé bas.
DON ALPHONSE, sc tournant vers dona Lucrezia.
Vous avez ma parole de duc couronné, madame.
DONA LUCREZIA
J’ai deux mots à vous dire en particulier, monseigneur.
Le duc fait signe à l’huissier et aux gardes de se retirer avec le prisonnier dans la salle voisine.