‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 268 sur 305 · DONA LUCREZIA, GENNARO · texte numérisé non relu

DONA LUCREZIA, GENNARO

On voit toujours dans le compartiment Rustighello immobile derrière la porte masquée.

DONA LUCREZIA

Gennaro! — vous êtes empoisonné!

Empoisonné, madame!

Empoisonné!

GENNARO

DONA LUCREZIA

GENNARO

J’aurais dû m’en douter, le vin étant versé par vous.

Oh! ne m’accablez pas, Gennaro. Ne m’ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j’ai besoin encore pour quelques instants. Écoutez-moi. Le duc est jaloux de vous, le duc vous croit mon amant. Le duc ne m’a laissé d’autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello, ou de vous verser moi-même le poison. Un poison redoutable, Gennaro, un poison dont la seule idée fait pâlir tout italien qui sait l’histoire de ces vingt dernières années.

GENNARO

Oui, le poison des Borgia!

DONA LUCREZIA

Vous en avez bu. Personne au monde ne connaît de contre-poison à cette composition terrible, personne, excepté le pape, monsieur de Valentinois et moi. Tenez, voyez cette fiole que je porte toujours cachée dans ma ceinture. Cette fiole, Gennaro, c’est la vie, c’est la santé, c’est le salut. Une seule goutte sur vos lèvres, et vous êtes sauvé!

Elle veut approcher la fiole des lèvres de Gennaro, il recule.

GENNARO, la regardant fixement.

Madame, qui est-ce qui me dit que ce n’est pas cela qui est du poison?

DONA LUCREZIA, tombant anéantie sur le fauteuil.

O mon Dieu! mon Dieu!

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