‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 271 sur 305 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DON ALPHONSE, RUSTIGHELLO, enveloppés de manteaux. RUSTIGHELLO.

Oui, monseigneur, cela s’est passé ainsi. Avec je ne sais quel philtre elle l’a rendu à la vie, et l’a fait évader par la cour du palais Negroni.

DON ALPHONSE

Et tu as souffert cela P

RUSTIGHELLO.

Comment l’empêcher? Elle avait verrouillé la porte. J’étais enfermé.

DON ALPHONSE

Il fallait briser la porte.

RUSTIGHELLO.

Une porte de chêne, un verrou de fer. Chose facile!

DON ALPHONSE

N’importe! il fallait briser le verrou, te dis-je; il fallait entrer et le tuer.

RUSTIGHELLO.

D’abord, en supposant que j’eusse pu enfoncer la porte, madame Lucrèce l’aurait couvert de son corps. Il aurait fallu tuer aussi madame Lucrèce.

DON ALPHONSE

Eh bien ? Après ?

RUSTIGHELLO.

Je n’avais pas d’ordre pour elle.

Rustighello ! les bons serviteurs sont ceux qui comprennent les princes sans leur donner la peine de tout dire.

THÉÂTRE. II

IMl'IUMI niF NATIONALF.

RUSTIGHELLO.

Er puis j’aurais craint de brouiller votre altesse avec le pape.

Imbécile !

DON ALPHONSE

RUSTIGHELLO.

C’était bien embarrassant, monseigneur. Tuer la fille du Saint-Père!

DON ALPHONSE

Eh bien, sans la tuer, ne pouvais-tu pas crier, appeler, m’avertir, empêcher l’amant de s’évader?

RUSTIGHELLO.

Oui, et puis le lendemain, votre altesse se serait réconciliée avec madame Lucrèce, et le surlendemain madame Lucrèce m’aurait fait pendre.

DON ALPHONSE

Assez. Tu m’as dit que rien n’était encore perdu.

RUSTIGHELLO.

Non. Vous voyez une lumière à cette fenêtre. Le Gennaro n’est pas encore parti. Son valet, que la duchesse avait gagné, est à présent gagné par moi, et m’a tout dit. En ce moment il attend son maître derrière la citadelle avec deux chevaux sellés. Le Gennaro va sortir pour l’aller rejoindre dans un instant.

DON ALPHONSE

En ce cas, embusquons-nous derrière l’angle de sa maison. Il est nuit noire. Nous le tuerons quand il passera.

Comme il vous plaira.

RUSTIGHELLO.

DON ALPHONSE

Ton épée est bonne?

RUSTIGHELLO.

Oui.

DON ALPHONSE

Tu as un poignard?

RUSTIGHELLO.

Il y a deux choses qu’il n’est pas aisé de trouver sous le ciel, c’est un italien sans poignard, et une italienne sans amant.

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