ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS
Riant plus fort.
SAVERNY
Mais en vous attendant Il a votre portrait, et fait mainte élégie.
Oui, voilà bien deux ans qu’il m’aime en effigie.
SAVERNY
Ah! qu’il aimerait mieux vous brûler! — Çà, vraiment, Peut-on fuir tant d’amis?
MARION, sérieuse et baissant les yeux.
Marquis, précisément.
Ce sont, à parler franc, les causes de ma fuite.
Tous ces brillants péchés qui, jeune, m’ont séduite, N’ont laissé dans mon cœur que regrets trop souvent. Je viens dans la retraite, et peut-être au couvent, Expier une vie impure et débauchée.
SAVERNY
Gageons qu’une amourette est là-dessous cachée!
Vous croiriez. . .
MARION
SAVERNY
Que jamais ensemble on ne dut voir Un voile et tant d’éclairs sous les cils d’un œil noir! C’est impossible. — Allons! vous aimez en province! Clore un si beau roman d’un dénoûment si mince!
Il n’en est rien.
Gageons.
SAVERNY
MARION
Rose, quelle heure est-il?
Minuit bientôt.
DAME ROSE, du dehors.
MARTON, à part.
Minuit!
SAVERNY
Le détour est subtil Pour dire : allez-vous-en.
MARION
Je vis fort retirée. . .
Ne recevant personne et de tous ignorée... Puis, il vous peut si tard arriver des malheurs... Cette rue est déserte et pleine de voleurs.
Soit : je serai volé.
SAVERNY
MARION
Parfois on assassine!
On m’assassinera.
SAVERNY
MARION
Mais. . .
SAVERNY
Vous êtes divine!
Mais avant de partir je veux savoir de vous Quel est l’heureux berger qui nous succède à tous.
Personne.
MARION
SAVERNY
Je tiendrai secrètes vos paroles.
Nous autres gens de cour, on nous croit têtes folles, Médisants, curieux, indiscrets, brouillons : mais Nous bavardons toujours et ne parlons jamais.
— Vous vous taisez ?. . .
11 s’assied.
Je reste.
MARION
Eh bien oui, que m’importe!
J’aime, et j’attends quelqu’un!