I.AFFEMAS, au Gracieux
Toi, d’abord. Quel es-tu?
LE GRACIEUX, avec un grand salut et une pirouette qui fait ressortir sa bosse.
Je suis le Gracieux
De la troupe, et voici ce que je sais le mieux :
Il chante.
Des magistrats, sur des nuques Ce sont d’énormes perruques.
De toute cette toison On voit sortir à foison Gênes, gibet, roue, amende,
Au moindre signe évident D’une perruque plus grande Qujon nomme le président.
L’avocat, c’est un déluge De mots tombant sur le juge,
C’est un mélange matois De latin et de patois. . .
LAFFEMAS, l’interrompant.
Tu chantes faux, à rendre envieuse une orfraie!
Tais-toi !
LE GRACIEUX, riant.
Le chant est faux, mais la chanson est vraie.
LAFFEMAS, au Scaramouche.
A votre tour.
LE SCARAMOUCHE, saluant.
Je suis Scaramouche, seigneur.
J’ouvre la scène ainsi dans La Duègne d’honneur :
Déclamant.
«Rien n’est plus beau, disait une reine d’Espagne,
«Qu’un évêque à l’autel, un gendarme en campagne,
« Si ce n’est dame au lit et voleur au gibet... »
Laffemas l’interrompt du geste, et fait signe au Taillebras de parler. Le Taillebras salue profondément et se redresse.
LE TAILLEBRAS, avec emphase.
Moi, je suis Taillebras. J’arrive du Thibet,
J’ai puni le grand Khan, pris le Mogol rebelle...
Autre chose!
LAFFEMAS
Bas à Saverny, qui est debout près de lui.
Vraiment, que Marion est belle!
LE TAILLEBRAS.
C’est pourtant du meilleur. — S’il vous plaît cependant, Je serai Charlemagne, empereur d’occident.
Tl déclame avec emphase.
«Quel étrange destin! ô ciel! je vous appelle!
« Soyez témoin, 6 ciel, de ma peine cruelle;
«Il me faut dépouiller moi-même de mon bien,
« Délivrer à un autre un amour qui est mien,
«En douer mon contraire, et l’emplir de liesse,
« M’enfiellant l’estomac d’une amère tristesse.
«Ainsi pour vous, oiseaux, aux bois vous ne nichez; «Ainsi, mouches, pour vous aux champs vous ne ruchez « Ainsi pour vous, moutons, vous ne portez la laine; «Ainsi pour vous, taureaux, vous n’écorchez la plaine!
Bon.
A Saverny.
— Tudieu! les beaux vers! c’est dans la Bradamante De Garnier! quel poëte!
A Marion.
Votre nom ?
A votre tour, charmante!
MARION, tremblant:.
Moi, je suis la Chimène.
LAFFEMAS
Vraiment!
La Chimène? En ce cas, vous avez un amant Qui tue en duel quelqu’un...
MARION, effrayée.
Moi !
Et qui se sauve. . .
LAFFEMAS, ricanant.
J’ai bonne mémoiie,