ACTE IV. — LE ROI
LE ROI
Oui, le cardinal-duc porte une lourde charge!
LE DUC
Sire!...
LE ROI
A ses vieilles mains je devrais l’épargner. Mais, duc, — j’ai bien assez de vivre, sans régner!
LE DUC
Sire,... le cardinal n’est pas vieux...
LE ROI
Bellegarde!
Franchement, — nul ici n’écoute et ne regarde, — Que pensez-vous de lui P
LE DUC
De qui, sire ?
De l’éminence P
LE ROI
LE DUC
LE ROI
De lui.
Hé! oui.
Peut se fixer à peine...
LE DUC
Mon regard ébloui
LE ROI
Est-ce votre franchise?
Regardant autour de lui.
Pourtant point d’éminence ici, — rouge ni grise! Pas d’espion! Parlez, que craignez-vous? Le roi Veut votre avis tout franc sur le cardinal.
Tout franc, sire?
LE DUC
Quoi !
LE ROI
Tout franc.
LE DUC, hardiment.
Eh bien! — C’est un grand homme.
LE ROI
Au besoin, n’est-ce pas, vous l’iriez dire à Rome P Entendez-vous P — L’état souffre, — entendez-vous bien?
Entre lui qui fait tout, et moi qui ne suis rien.
LE DUC
Ah!...
Règle-t-il pas tout, paix, guerre, états, finances? Fait-il pas lois, édits, mandements, ordonnances?
Il est roi, dis-je! Il a dissous par trahison
La ligue catholique ; il frappe la maison
D’Autriche, qui me veut du bien, — dont est la reine.
LE DUC
Sire! il vous laisse faire au Louvre une garenne. Vous avez votre part!
LE ROI
Avec le Danemark
Il intrigue!
LE DUC
Il vous a laissé fixer le marc De l’argent aux joailliers.
LE ROI, dont l’humeur augmente.
A Rome il fait la guerre !
LE DUC
Il vous a laissé seul rendre un édit naguère
Qui défend qu’un bourgeois, quand même il le voudrait,
Mange plus d’un écu par tête au cabaret.
Et tous les beaux traités qu’il arrange en cachette!
LE DUC
Et votre rendez-vous de chasse à la Planchette ?