‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 8 sur 305 · ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS

DIDIER

Epousez-moi!

Prènez-moi pour frère, pour appui;

MARION, à part.

Pourquoi suis-je indigne de lui?

Eh bien ?

DIDIER

MARION

Mais. . .

Je comprends. Orphelin, sans fortune, L’audace est inouïe, étrange, et j’importune. Laissez-moi donc mon deuil, mes maux, mon abandon. Adieu.

Il fait un pas pour sortir, Marion le retient.

MARION

Didier! Didier! que dites-vous!

Elle fond en larmes.

DIDIER, revenant.

Mais pourquoi balancer?

Pardon!

S’approchant d’elle.

— Comprends-tu bien, Marie?

Nous être l’un à l’autre un monde, une patrie,

Un ciel!... Vivre ignorés dans un lieu de ton choix,

Y cacher un bonheur à faire envie aux rois!...

MARION

Ah! ce serait le ciel!

DIDIER

En veux-tu?

Haut.

MARION, h part.

Malheureuse!

Je ne puis. Jamais.

Elle s’arrache des bras de Didier et tombe sur son fauteuil.

DIDIER, glacial.

L’offre était peu généreuse De ma part. Il suffît. Je n’en parlerai plus,

Allons!

MARION, à part.

Ah! maudit soit le jour où je lui plus!

Haut.

Didier! je vous dirai... vous me déchirez l’âme...

Je vous expliquerai...

DIDIER, froidement.

Que lisiez-vous, madame,

Quand je suis arrivé !

Il prend le livre sur la table et lit.

La Guirlande d’amour,

A Marion de Lorme.

Amèrement.

Oui, la beauté du jour!

Jetant le livre à terre avec violence.

Ah! vile créature, impure entre les femmes!

Monsieur. . .

MARION, tremblante.

DIDIER

Que faites-vous de ces livres infâmes ? Comment sont-ils ici ?

MARION, faiblement et baissant les yeux.

Le hasard...

DIDIER

Savez-vous,

Vous dont l’œil est si pur, dont le front est si doux, Savez-vous ce que c’est que Marion de Lorme?

Une femme, de corps belle, et de cœur difforme, Une Phryné qui vend à tout homme, en tout lieu, Son amour qui fait honte et fait horreur!

MARION, la tète dans ses mains.

Grand Dieu !

Un bruit de pas, un cliquetis d’èpées au dehors, et dés cris.

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