‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 91 sur 305 · ACTE V. — LE CARDINAL · texte numérisé non relu

ACTE V. — LE CARDINAL

SAYERNY, se frottant les yeux.

Ah !... comment ont-ils pu

M’ôter mon bon sommeil?

Il n’est qu’interrompu.

SAYERNY, à demi éveillé, apercevant Marion et la saluant.

Tiens! je rêvais de vous justement, belle dame.

LE CONSEILLER

Avez-vous bien à Dieu recommandé votre âme ?

SAVERNY

Oui, monsieur.

LE CONSEILLER, lui présentant un parchemin.

Bien. — Veuillez me signer ce papier.

SAVERNY, prenant le parchemin, et le parcourant des yeux.

C’est le procès-verbal. — Ce sera singulier,

Le récit de ma mort signé de mon paraphe !

Il signe, et parcourt de nouveau le papier.

Au greffier.

Monsieur, vous avez fait trois fautes d’orthographe.

Il reprend la plume et les corrige.

Au bourreau.

Toi qui m’as éveillé, tu vas me rendormir.

LE CONSEILLER, à Didier.

Didier?

Didier se présente. Il lui passe la plume.

Votre nom là.

MARION, se cachant les yeux.

Dieu! cela fait frémir!

DIDIER, signant.

Jamais à rien signer je n’eus autant de joie!

Les gardes font la haie et les entourent tous deux.

SAVERNY, à quelqu’un dans la foule.

Monsieur, rangez-vous donc, pour que cet enfant voie.

DIDIER, a Saverny.

Mon frère! c’est pour moi que vous faites ce pas,

Embrassons-nous. -

Il embrasse Saverny.

MARION, courant à lui.

Et moi! vous ne m’embrassez pas?

Didier ! embrassez-moi !

DIDIER, montrant Saverny.

C’est mon ami, madame.

MARION, joignant les mains.

Oh! que vous m’accablez durement, faible femme Qui, sans cesse aux genoux ou du juge, ou du roi,

Demande grâce à tous pour vous, à vous pour moi !

Il se précipite vers Marion, haletant et fondant en larmes.

Eh bien non! Non, mon cœur se brise! C’est horrible!

Non, je l’ai trop aimée! Il est bien impossible De la quitter ainsi! — Non! c’est trop malaisé De garder un front dur quand le cœur est brisé !

Viens! oh! viens dans mes bras!

Il la serre convulsivement dans ses bras.

Je vais mourir. Je t’aime!

Et te le dire ici, c’est le bonheur suprême!

MARION

Didier !...

Il l’embrasse de nouveau avec emportement.

DIDIER

Viens! pauvre femme! — Ah! dites-moi, vraiment,

Est-il un seul de vous qui dans un tel moment Refusât d’embrasser la pauvre infortunée Qui s’est à lui sans cesse et tout à fait donnée?

J’avais tort! j’avais tort! — Messieurs, voulez-vous donc Que je meure à ses yeux sans pitié, sans pardon?

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