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L'apparition de Marion de Lorme à la scène date de 1831. Quarante-deux ans séparent de cette première représentation la reprise actuelle. L'auteur était jeune, il est vieux; il était présent, il est absent; il avait alors devant lui l'espérance, maintenant il a derrière lui la vie.
Son absence à cette reprise peut sembler volontaire, elle ne l'est pas. Les hommes que les cheveux blancs avertissent et devant qui le temps s'abrège, ont des œuvres à terminer, sortes de testament de leur esprit. Ils peuvent être brusquement interrompus par l'arrivée subite de la fin, ils n'ont pas un jour à perdre ; de là une nécessité sévère d'absence et de solitude. L'homme a des devoirs envers sa pensée. D'ailleurs tous les départs veulent quelques apprêts, l'entrée dans l'inconnu nous attend tous, et la solitude et l'absence sont une espèce de crépuscule qui prépare l'âme à cette grande ombre et à cette grande lumière.
L'auteur sent le besoin d'expliquer son absence à ceux qui veulent bien se souvenir de lui. Rien ne l'attristerait plus que de sembler ingrat. Tout solitaire qu'il est, il s'associe du fond du cœur à la foule qui aime et salue ces
baaux talents, honneur de la reprise actuelle de Marion de Lorme, MM. Got, Delaunay, Maubant, Bressant, Febvre, groupe éclatant que vient compléter la jeune et brillante renommée de M. Mounet-Sully ; il envoie toutes ses sympathies à ce glorieux Théâtre-Français, vieux et pourtant redevenu jeune, grâce à l'habile et intelligente initiative de M. Emile Perrin ; et il accomplit un devoir en offrant sa triple reconnaissance à Mademoiselle Favart, qui fut avec tant de puissance et de grâce doha Sol avant d'être Marion, et qui, il y a deux ans, vaillante et charmante dans les ténèbres sublimes de Paris assiégé, faisait redire à toutes les bouches ce mot qui est son nom, Stella.
Hauteville-House, 1er février 1813.