ACTE PREMIER
DON RUY GOMEZ
Où vont se rassembler les électeurs d'empire V
DON CARLOS
Ils ont choisi, je crois, Aix-la-Chapelle, — ou Spire, — Ou Francfort.
DON RUY GOMEZ
Notre roi, dont Dieu garde les jours, N'a-t-il pensé jamais à l'empire?
DON CARLOS
Toujours.
DON RUY GOMEZ
C'est à vous qu'il revient.
DON CARLOS
Je le sais.
Votre père Fut archiduc d'Autriche, et l'empire, j'espère, Aura ceci présent, que c'était votre aïeul, Celui qui vient de choir de la pourpre au linceul.
DON CARLOS
Et puis, on est bourgeois de Gand.
DON RUY GOMEZ
Dans mon jeune âge Je le vis, votre aïeul. Hélas! seul je surnage D'un siècle tout entier. Tout est mort à présent. C'était un empereur magnifique et puissant.
DON CARLOS
Rome est pour moi.
22 HERNANI
DON RUY GOMEZ
Vaillant, ferme, point tyrannique Cette tête allait bien au vieux corps germanique.
Il s'incline sur les mains du roi et les baise.
Que je vous plains! Si jeune, en un tel deuil plongé.
DON CARLOS
Le pape veut ravoir la Sicile, que j'ai :
Un empereur ne peut posséder la Sicile.
Il me fait empereur; alors, en fils docile,
Je lui rends Naple. Ayons l'aigle, et puis nous verrons
Si je lui laisserai rogner les ailerons !
Qu'avec joie il verrait, ce vétéran du trône, Votre front déjà large aller à sa couronne ! Ah! seigneur, avec vous nous le pleurerons bien, Cet empereur très-grand, très-bon et très-chrétien !
DON CARLOS
Le saint-père est adroit. — Qu'est-ce que la Sicile ? C'est une île qui pend à mon royaume, une île, Une pièce, un haillon, qui, tout déchiqueté, Tient à peine à l'Espagne et qui traîne à côté. — Que ferez-vous, mon fils, de cette île bossue, Au monde impérial au bout d'un fil cousue? Votre empire est mal fait; vite, venez ici, Des ciseaux ! et coupons ! — Très-saint-père, merci ! Car de ces pièces-là, si j'ai bonne fortune, Je compte au saint-empire en recoudre plus d'une. Et, si quelques lambeaux m'en étaient arrachés, Rapiécer mes États d'Iles et de duchés!