ACTE DEUXIÈME
DON RICARDO, à don Sancho.
Le roi m'a nommé comte.
Bien.
DON CARLOS
A Ricardo.
J'ai laissé tomber ce titre. Ramassez.
Assez !
DON RICARDO, s'inclinant de nouveau.
Merci, seigneur.
DON SANCHO, à don Matias.
Beau comte! un comte de surprise
Le roi se promène au fond du théâtre, examinant avec impatience les fenêtres éclairées. Les deux seigneurs causent sur le devant de la scène.
DON MATIAS, à don Sancho.
Mais que fera le roi, la belle une fois prise ?
DON SANCHO, regardant Ricardo de travers.
Il la fera comtesse, et puis dame d'honneur. Puis, qu'il en ait un fils, il sera roi.
DON MATIAS.
Seigneur, Allons donc! un bâtard! Comte, fût-on altesse, On ne saurait tirer un roi d'une comtesse !
DON SANCHO
Il la fera marquise, alors, mon cher marquis.
DON MATIAS.
On garde les bâtards pour les pays conquis. On les fait vice-rois. C'est à cela qu'ils servent.
Don Carlos revient.
32 HERNANI
DON CARLOS, regardant avec colère toutes les fenêtres éclairées.
Dirait-on pas des yeux jaloux qui nous observent? Enfin! en voilà deux qui s'éteignent! allons! Messieurs, que les instants de l'attente sont longs! Qui fera marcher l'heure avec plus de vitesse?
DON SANCHO
C'est ce que nous disons souvent chez Votre Altesse.
Cependant que chez vous mon peuple le redit.
La dernière fenêtre éclairée s'éteint.
— La dernière est éteinte.
Tourné vers le balcon de doua Sol toujours noir.
0 vitrage maudit !
Quand t'éclaireras-tu? — Cette nuit est bien sombre. Dona Sol, viens briller comme un astre dans l'ombre!
A don Ricardo.
Est-il minuit?
DON RICARDO
Minuit bientôt.
DON CARLOS
Il faut finir Pourtant! A tout moment l'autre peut survenir.
La fenêtre de dona Sol s'éclaire. On voit son ombre se dessiner sur les vitraux lumineux.
Mes amis! un flambeau! son ombre à la fenêtre! Jamais jour ne me fut plus charmant à voir naître. Hâtons-nous! faisons-lui le signal qu'elle attend. Il faut frapper des mains trois fois. Dans un instant, Mes amis, vous allez la voir! Mais notre nombre Va l'effrayer peut-être... Allez tous trois dans l'ombre