ACTE DEUXIÈME
HEîlNANI, tombant à ses genoux.
Ange! ah! dans cet instant Où la mort vient peut-être, où s'approche dans l'ombre Un sombre dénoûment pour un destin bien sombre, Je le déclare ici, proscrit, traînant au flanc Un souci profond, né dans un berceau sanglant, Si noir que soit le deuil qui s'épand sur ma vie, Je suis un homme heureux et je veux qu'on m'envie ; Car vous m'avez aimé! car vous me l'avez dit! Car vous avez tout bas béni mon front maudit!
DON A SOL, penchée sur sa tête.
Hernani !
HERNANI
Loué soit le sort doux et propice Qui me mit cette fleur au bord du précipice !
Il se relève.
Et ce n'est pas pour vous que je parle en ce lieu, Je parle pour ie ciel qui m'écoute et pour Dieu.
DONA SOL
Souffre que je te suive.
HERNANI
Ah ! ce serait un crime Que d'arracher la fleur en tombant dans l'abîme. Va, j'en ai respiré le parfum, c'est assez. Renoue à d'autres jours tes jours par moi froissés, Épouse ce vieillard ; c'est moi qui te délie. Je rentre dans ma nuit. Toi, sois heureuse, oublie.
Non, je te suis ; y veux ma part de ton linceul. Je m'attache à tes pas.
&G HERNÂNI.
HÈRNANI, la serrant dans ses bras.
Oh ! laisse-moi fuir seul Je suis banni! je suis proscrit! je suis funeste I
Il la quitte avec un mouvement convulsif et veut fuir. DONA SOL, douloureusement et joignant les mains.
Hernani! tu me fuis?
HERNANI, revenant sur ses pas.
Eh bien! non, non, je reste.
Tu le veux, me voici. Viens, oh ! viens dans mes bras! Je reste, et resterai tant que tu le voudras. Oublions-les! restons! —
Il l'assied sur un banc,
Sieds-toi sur cette pierre.
Il se place à ses pieds.
Des flammes de tes yeux inonde ma paupière ; Chante-moi quelque chant comme parfois le soir Tu m'en chantais, avec des pleurs dans ton œil noir. Soyons heureux! buvons, caria coupe est remplie, Car cette heure est à nous, et le reste est folie. Parle-moi; ravis-moi. N'est-ce pas qu'il est doux D'aimer et de savoir qu'on vous aime à genoux? D'être deux? d'être seuls? et que c'est douce chose De se parler d'amour la nuit quand tout repose? Oh! laisse-moi dormir et rêver sur ton sein, Doua Sol! mon amour! ma beauté!
Bruit de cloches au loin, DONA SOL, se levant effarée.
Le tocsin I Entends-tu? le tocsin!