‹ Marion de LormeChapitre 147 sur 209 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Mais non, c'est inutile ; une chaîne me lie Que je ne romprai point!

DONA SOL, à part.

Malheureuse !

DON RUY GOMEZ

Folie !

Ça, mon hôte est un fou !

HERNANI

Voire hôte est un bandit.

Oh ! ne l'écoutez pas.

HERNANI

J'ai dit ce que j'ai dit.

DON RUY GOMEZ

Mille carolus d'or, monsieur ! la somme est forte, Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.

HERNANI

Qu'importe !

Tant mieux, si dans le nombre il s'en trouve un qui veut.

Aux valets.

Livrez-moi! vendez-moi !

DON RUY GOMEZ, s'efforgant de le faire taire.

Taisez-vous donc ! on peut Vous prendre au mot.

HERNANI

Amis, l'occasion est belle !

Je vous dis que je suis le proscrit, le rebelle Hernani!

60 HERNANI

DON RUY .GOMEZ

Taisez-vous !

HERNANI

Hernani !

DON A SOL, d'une voix éteinte, à son oreille.

Ho! tais-toi!

HERNANI, se détournant à demi vers dona Sol.

On se marie ici ! Je veux en être, moi! Mon épousée aussi m'attend.

Au duc*

Elle est moins belle Que la vôtre, seigneur, mais n'est pas moins fidèle» C'est la mort !

Aux valets.

Nul de vous ne fait un pas encor?

DONA SOL, bas.

Par pitié!

HERNANI, aux valets.

Hernani! mille carolus d'or!

DON RUY GOMEZ

C'est le démon !

HERNANI, à un jeune valet.

Viens, toi; tu gagneras la somme.

Riche alors, de valet tu redeviendras homme.

Aux valets, qui restent immobiles.

Vous aussi, vous tremblez! Ai-je assez de malheur!

DON RUY GOMEZ

Frère, à toucher ta tête, ils risqueraient la leur. Fusses-tu Hernani, fusses-tu cent fois pire,

Pour ta vie au lieu d'or offrît-on un empire,

Mon hôte, je te dois protéger en ce lieu,

Même contre le roi, car je te tiens de Dieu.

S'il tombe un seul cheveu de ton front, que je meure !

A dona Sol.

Ma nièce, vous serez ma femme dans une heure ; Rentrez chez vous. Je vais faire armer le château, J'en vais fermer la porte.

Il sort. Les valets le suivent.

HERNANÏ, regardant avec désespoir sa ceinture dégarnie et désarmée.

Oh! pas même un couteau!

Do5a Sol, après que le duc a disparu, fait quelques pas comme pour suivre ses femmes, puis s'arrête, et, des qu'elles sont sorties, revient vers Hernani avec anxiété.

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