ACTE TROISIÈME
L'entendre seulement ! contente mon envie! Mais, oh ! qu'avec douceur, j'exhalerais ma vie Si tu daignais vouloir qu'avant de fuir aux cieux Mon âme allât revoir la sienne dans ses yeux ! — Je ne lui dirai rien. Tu seras là, mon père. Tu me prendras après.
DON RUY GOMEZ, montrant la cachette encore ouverte
Saints du ciel ! ce repaire Est-il donc si profond, si sourd et si perdu, Qu'il n'ait entendu rien ?
HERNANI
Je n'ai rien entendu.
DON RUY GOMEZ
Il a fallu livrer dona Sol ou toi-même.
HERNANI
A qui, livrée ?
DON RUY GOMEZ
Au roi.
HERNANI
Vieillard stupide ! il l'aime
DON RUY GOMEZ
Il l'aime?
HERNANI
Il nous l'enlève ! il est notre rival !
DON RUY GOMEZ
0 malédiction ! Mes vassaux ! à cheval ! A cheval ! poursuivons le ravisseur !
HERNANI
Ecoute. La vengeance au pied sûr fait moins de bruit en route.
8G BERNANT.
Je t'appartiens. Tu peux me tuer. Mais veux-tu M'employer à venger ta nièce et sa vertu ? Ma part dans ta vengeance! oh! fais-moi cette grâce, Et, s'il faut embrasser tes pieds, je les embrasse ! Suivons le roi tous deux. Viens; je serai ton bras, Je te vengerai, duc. Après, tu me tûras.
DON RUY GOMEZ
Alors, comme aujourd'hui, te laisseras-tu faire?
HERNANI
Oui, duc.
DON RUY GOMEZ
Qu'en jures-tu?
HERNANI
La tête de mon père.
DON RUY GOMEZ
Voudras-tu de toi-même un jour t'en souvenir?
HERNANI, lui présentant le cor qu'il ôte de sa ceinture.
Écoute, prends ce cor. Quoi qu'il puisse advenir, Quand tu voudras, seigneur, quel que soit le lieu, l'heure S'il te passe à l'esprit qu'il est temps que je meure, Viens, sonne de ce cor, et ne prends d'autres soins, Tout sera fait.
DON RUY GOMEZ, lui tendant la main.
Ta main?
Ils se serrent la main. — Aux portraits.
Vous tous, soyez témoins.