‹ Marion de LormeChapitre 169 sur 209 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

DON RICARDO

Si c'est le duc de Saxe, un seul coup de canon ; Deux, si c'est le Français; trois, si c'est Votre Altesse.

DON CARLOS

Et cette dona Sol! Tout m'irrite et me blesse! Comte, si je suis fait empereur, par hasard, Cours la chercher. Peut-être on voudra d'un césar!

DON RICARDO, souriant.

Votre Altesse est bien bonne!

DON CARLOS, l'interrompant avec hauteur.

Ah! là-dessus, silence!

Je n'ai point dit en cor ce que je veux qu'on pense.

— Quand saura-t-on le nom de l'élu?

DON RICARDO

Mais, je crois, Dans une heure au plus tard.

DON CARLOS

Oh! trois voix! rien que trois I

— Mais écrasons d'abord ce ramas qui conspire, Et nous verrons après à qui sera l'empire.

Il compte sur ses doigts et frappe du pied.

Toujours trois voix de moins ! — Ah ! ce sont eux qui l'ont!

— Ce Corneille Agrippa pourtant en sait bien long! Dans l'océan céleste il a vu treize étoiles

Vers la mienne, du Nord, venir à pleines voiles. J'aurai l'empire, allons! — Mais d'autre part on dit Que l'abbé Jean Trithème à François l'a prédit.

— J'aurais dû, pour mieux voir ma fortune éclaircie, Avec quelque armement aider la prophétie!

Toutes prédictions du sorcier le plus fin

94 HERNANÏ.

Viennent bien mieux à terme et font meilleure fia Quand une bonne armée, avec canons et piques, Gens de pied, de cheval, fanfares et musiques, Prête à montrer la route au sort qui veut broncher, Leur sert de sage-femme et les fait accoucher. Lequel vaut mieux, Corneille Agrippa? Jean Trithème? Celui dont une armée explique le système, Qui met un fer de lance au bout de ce qu'il dit, Et compte maint soudard, lansquenet ou bandit, Dont l'estoc, refaisant la fortune imparfaite, Taille l'événement au plaisir du prophète.

— Pauvres fous! qui, l'œil fier, le front haut, visent droit A l'empire du monde et disent : J'ai mon droit!

Ils ont force canons, rangés en longues files, Dont le souffle embrasé ferait fondre des villes; Ils ont vaisseaux, soldats, chevaux, et vous croyez Qu'ils vont marcher au but sur les peuples broyés... Baste! au grand carrefour de la fortune humaine, Qui mieux encor qu'au trône à l'abîme nous mène, A peine ils font trois pas, qu'indécis, incertains, Tâchant en vain de lire au livre des destins, Ils hésitent, peu sûrs d'eux-même, et dans le doute Au nécroman du coin vont demander leur route!

A don Ricardo.

— Va-t'en. C'est l'heure où vont venir les conjurés. Ah! la clef du tombeau?

DON RTCARDO. remettent une clef au roi.

Seigneur, vous songerez Au comte de Limbourg, gardien capitulaire, Qui me Ta confiée et fait tout pour vous plaire.

DON CARLOS, le cougédiant.

Fais tout ce que j'ai ditl tout.

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