‹ Marion de LormeChapitre 200 sur 209 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

J'ai fait la fille douce, innocente et timide ;

Mais voyez-vous cet œil de pleurs de rage humide ?

Elle tire un poignard de son sein.

Voyez-vous ce poignard? Ah! vieillard insensé, Craignez-vous pas le fer quand l'œil a menacé? Prenez garde, don Ruy! — je suis de la famille, Mon oncle ! — écoutez-moi, fussé-je votre fille, Malheur si vous portez la main sur mon époux !

Elle jette le poignard et tombe à genoux devant le duc.

Ah! je tombe à vos pieds! Ayez pitié de nous! Grâce! Hélas! mpnseigneur, je ne suis qu'une femme, Je suis faible, ma force avorte dans mon âme, Je me brise aisément, je tombe à vos genoux! Ah! je vous en supplie, ayez pitié de nous!

Doîia Sol!

DONA SOL

Pardonnez ! Nous autres Espagnoles, Notre douleur s'emporte à de vives paroles, Vous le savez. Hélas! vous n'étiez pas méchant! Pitié! vous me tuez, mon oncle, en le touchant! Pitié! je l'aime tant!...

DON RUY GOMEZ, sombre.

Vous l'aimez trop!

HERNANI

Tu pleures!

DONA SOL

Non, non, je ne veux pas, mon amour, que tu meures! Non, je ne le veux pas.

A don Ruy.

140 HERNANI

Faites grâce aujourd'hui; Je vous aimerai bien aussi, vous. ■

DON RUY GOMEZ

Après lui!

De ces restes d'amour, d'amitié, — moins encore, — Croyez-vous apaiser la soif qui me dévore?

Montrant Ilernani.

Il est seul! il est tout! Mais moi, belle pitié 1 Qu'est-ce que je peux faire avec votre amitié ? 0 rage! il aurait, lui, le cœur, l'amour, le trône, Et d'un regard de vous il me ferait l'aumône! Et s'il fallait un mot à mes vœux insensés, C'est lui qui vous dirait s — Dis cela, c'est assez 1 — En maudissant tout bas le mendiant avide Auquel il faut jeter le fond du verre vide! Honte! dérision! Non, il faut en finir, Bois!

UERNANI.

Il a ma parole, et je dois la tenir.

DON RUY GOMEZ

Allons!

Hernani approche la fiole de ses lèvres. Doiia Sol se jette sur son bras. DONA SOL.

Oh! pas encor! Daignez tous deux m'entendre.

DON RUY GOMEZ

Le sépulcre est ouvert, et je ne puis attendre.

DONA SOL

Un instant, mon seigneur, mon don Juan! —Ah! tous deux Vous êtes bien cruels! — Qu'est-ce que je veux d'eux! Un instant! voilà tout... tout ce que je réclame!

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