ACTE CINQUIEME !Zt
IIERNANI.
C'est une mort affreuse!
DONA SOL
Non. — Pourquoi donc ?
HERNANI
Ce philtre au sépulcre conduit.
DONA SOL
Devions-nous pas dormir ensemble cette nuit? Qu'importe dans quel lit?
HERNANI
Mon père, tu te venges Sur moi qui t'oubliais!
Il porte la fiole à sa bouche.
DONA SOL, se jetant sur lui.
Ciel! des douleurs étranges!.., Ali! jette loin de toi ce philtre! — Ma raison S'égare. Arrête! hélas! mon don Juan! ce poison Est vivant, ce poison dans le cœur fait éclore Une hydre à mille dents qui ronge et qui dévore ! Oh! je ne savais pas qu'on souffrît à ce point! Qu'est-ce donc que cela? c'est du feu! Ne bois point! Oh! tu souffrirais trop !
HERNANI, à don Ruy.
Ah! ton âme est cruelle!
Pouvais-tu pas choisir d'autre poison pour elle?
Il boit et jette la fiole.
Que fais-tu?
\flil HERNANI.
HERNANI
Qu'as-tu fait?
DONA SOL
Viens, ô mon jeune amant, Dans mes bras.
Ils s'asseoient l'un près de l'autre.
N'est-ce pas qu'on souffre horriblement?
HERNANI
Non.
DONA SOL
Voilà notre nuit de noces commencée!
Je suis bien pâle, dis, pour une fiancée?
HERNANI
Ah!
DON RUY GOMEZ
La fatalité s'accomplit.
HERNANI
Désespoir !
O tourment! dona Sol souffrir, et moi le voir!
Calme-toi. Je suis mieux. — Vers des clartés nouvelles Nous allons tout à l'heure ensemble ouvrir nos ailes. Partons d'un vol égal vers un monde meilleur. Un baiser seulement, un baiser !
lis s'embrassent.
DON RUY GOMEZ
O douleur!