ACTE TROISIÈME
LAFFEMAS
Sans phrase académique, Voici : — Le cardinal m'a commis à l'effet De trouver, pour jouer dans les pièces qu'il fait Aux moments de loisir que lui laisse le prince, De bons comédiens, s'il en est en province. Car, malgré ses efforts, son théâtre est caduc, Et lui fait peu d'honneur pour un cardinal-duc.
Tous les comédiens s'approchent avec empressement. — Entre Saverny, qui observe avec curiosité ce qui se passe.
LE GRACIEUX, à part, comptant les génovines de Laffemas dans un coin.
Douze ! il m'avait dit vingt! il m'a volé! Vieux drôle!
LAFFEMAS
Dites-moi tour à tour chacun un bout de rôle, Tous, — pour que je choisisse et que je juge enfin.
A part.
S'il se tire de là, le Didier sera fin.
Haut.
Êtes-vous au complet?
Marion s'approche furtivement de Didier, et cherche à l'entraîner. Didier recule et la repousse.
LE GRACIEUX, allant à eux.
Eh! venez donc, vous autres!
MARION
Juste ciel!
Didier la quitte et va se mêler aux comédiens ; elle le suit. LE GRACIEUX.
Êtes-vous heureux d'être des nôtres !
Avoir des habits neufs, tous les jours un régal,
Et dire tous les soirs des vers de cardinal ! C'est un sort !
Tous les comédiens se rangent devant Laffemas. Marion et Didier parmi eux. Didier sans regarder Marion, l'œil fixé en terre, les bras croisés sous son manteau ; Marion, au contraire, attache sur Didier des yeux pleins d'anxiété.
LE GRACIEUX, en tête de la troupe. — A part.
Eût-on cru que ce corbeau sinistre Recrutât des farceurs au cardinal-ministre !
LAFFEMAS, au Gracieux.
Toi, d'abord. Quel es-tu?
LE GRACIEUX, avec un grand salut et une pirouette qui fait ressortir sa bosse.
Je suis le Gracieux De la troupe, et voici ce que je sais le mieux:
Il chante.
Des magistrats, sur des nuques Ce sont d'énormes perruques.
De toute cette toison, On voit sortir à foison Chaînes, gibet, roue, amende, Au moindre signe évident D'une perruque plus grande Qu'on nomme le président.
L'avocat, c'est un déluge De mots tombant sur le juge, C'est un mélange matois De latin et de patois...
LAFFEMAS, l'interrompant.
Tu chantes faux, à rendre envieuse une orfraie ! Tais-toi !