‹ Marion de LormeChapitre 80 sur 209 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

l'angely.

Je le vois. — Vos regards, votre face amaigrie, Votre deuil...

LE ROI

Et comment veux-tu donc que je rie?

Se rapprochant du fou.

Car avec moi, vois-tu, — tu perds ta peine. — A quoi Te sert de vivre donc? Beau métier! fou de roi! Grelot faussé, — pantin qu'on jette et qu'on ramasse, Dont le rire vieilli n'est plus qu'une grimace. Que fais-tu sur la terre à jouer arrêté ? Pourquoi vis-tu ?

Je vis par curiosité. Mais vous,— à quoi bon vivre?— Ah! je vous plains dans l'âme! Comme vous êtes roi, mieux vaudrait être femme! Je ne suis qu'un pantin dont vous tenez le fil ; Mais votre habit royal cache un fil plus subtil Que tient un bras plus fort; et moi , j'aime mieux être Pantin aux mains d'un roi, sire, qu'aux mains d'un prêtre.

Un silence.

LE ROI, rêvant et de plus en plus triste.

Tu ris, mais tu dis vrai; c'est un homme infernal. — Satan pourrait-il pas s'être fait cardinal? Si c'était lui dont j'ai l'âme ainsi possédée? Qu'en dis-tu?

l'angely.

J'ai souvent, sire, eu la même idée.

le roi.

Ne parlons plus ainsi, ce doit être un péché. Vois comme le malheur sur moi s'est attaché :

Je viens ici, j'avais des cormorans d'Espagne ; — Pas une goutte d'eau pour pêcher! — La campagne! Point d'étang assez large en ce maudit Chambord Pour qu'un ciron s'y voie en s'y mirant du bord! Je veux chasser; — la mer ! je veux pêcher; — la plaine! Suis-je assez malheureux ?

l'angely.

Oui, votre vie est pleine D'affreux chagrins. .

LE ROI

Gomment me consolerais-tu?

l'angely.

Tenez, un autre encor. Vous tenez pour vertu, Avec raison, cet art de dresser les alètes A la chasse aux perdrix; un bon chasseur, vous l'êtes, Fait cas du fauconnier.

LE ROI, virement.

Le fauconnier est dieu !

l'angely.

Eli bien, il en est deux qui vont mourir sous peu.

LE ROI

A la fois!

l'angely.

Oui.

LE ROI

Qui donc?

l'angely.

Deux fameux!

LE ROI

Qui, de grâce?

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