ACTE QUATRIÈME. Ml
Au lieu de pique, ils ont un sceptre qui les charge.
Quand ils ont tout leur temps trôné de long en large,
La mort, ce caporal des rois, met en leur lieu
Un autre porte-sceptre, et de la part de Dieu
Lui donne le mot d'ordre, et ce mot c'est : clémence I
LE ROI
Non. C'est: justice. — Ah! deux fauconniers, perte immense! — Ils mourront !
l'angely.
Comme vous, comme moi.— Grand, petit, La mort dévore tout d'un égal appétit.
Mais, tout pressés qu'ils sont, les morts dorment à l'aise. Monsieur le cardinal vous obsède et vous pèse; Attendez, sire! — Un jour, un mois, l'an révolu, Lorsque nous aurons bien, durant le temps voulu, Fait tous trois, moi le fou, vous le roi, lui le maître, Nous nous endormirons, et, si fier qu'on puisse être, Si grand que soit un homme au compte de l'orgueil, Nul n'a plus de six pieds de haut dans le cercueil! Lui, voyez déjà comme en litière on le traîne!...
LE ROI
Oui, la vie est bien sombre et la tombe est sereine. — Si je ne t'avais pas pour m'égayer un peu...
l'angely.
Sire, précisément, je viens vous dire adieu.
LE ROI
Que dis-tu?
l'angely.
Je vous quitte.
Allons, quelle folie!
Du service des rois la mort seule délie.
l'angely.
Aussi vais-je mourir!
LE roi.
Es-tu fou pour de bon,
Dis?
l'angely.
Condamné par vous, roi de France et Bourbon.
LE ROI
Si tu railles, bouffon, dis-nous où nous en sommes.
l'angely.
Sire, j'étais du duel de ces deux gentilshommes. Mon épée en était, du moins, si ce n'est moi. Je vous la rends.
Il tire son épée et la présente au roi un genou en terre. LE ROI, prenant l'épée et l'examinant.
Vraiment! une épée! oui, ma foi!
D'où te vient-elle, ami?
l'angely.
Sire, on est gentilhomme.
Vous n'avez pas fait grâce aux coupables; en somme, J'en suis.
LE ROI, grave et sombre.
Alors, bonsoir! laisse-moi, pauvre fou, Avant qu'il soit coupé, t'embrasser par ton cou.
Il embrasse L'Angely.
L'ANGELY, à part.
Il prend terriblement au sérieux la chose!