SCÈNE V. DIDIER, SAVERNY
DIDIER, solennellement, après un silence.
A ce moment suprême, Il convient de songer au sort qui nous attend. Nous sommes à peu près du même âge, et pourtant Je suis plus vieux que vous. Donc je dois faire en sorte Que ma voix jusqu'au bout vous guide et vous exhorte. D'autant plus que c'est moi qui vous perds ; le défi Vint de moi. Vous viviez heureux, il m'a suffi De toucher votre vie, hélas! pour la corrompre. Votre sort sous le mien a ployé jusqu'à rompre. Or, nous entrons tous deux ensemble dans la nuit Du tombeau. Tenons-nous par la main...
On entend des coups de marteau.
SAVERNY
Qu'est ce bruit?
DIDIER
C'est l'échafaud qu'on dresse, ou nos cercueils qu'on cloue.
Saverny s'assied sur le banc de pierre.
Continuant.
— Souvent au dernier pas le cœur de l'homme échoue, La vie encor nous tient par de secrets côtés.
L'horloge sonne un coup.
Mais je crois qu'une voix nous appelle... Écoutez!
Un nouveau coup»
SAVERNY
Non, c'est l'heure qui sonne.
Un troisième coup.
Oui, l'heure!
Un quatrième coup.
SAVERNY
A la chapelle.
Quatre autres coups.
DIDIER
C'est toujours une voix, frère, qui nous appelle.
SAVERNY
Encore une heure.
Il appuie ses coudes sur la table de pierre et sa tête sur ses mains. On vieat relever les hallebardiers de garde.
DIDIER
Ami! gardez-vous de fléchir, De trébucher au seuil qui nous reste à franchir! Du sépulcre sanglant qu'un bourreau nous apprête La porte est basse, et nul n'y passe avec sa tête. Frère ! allons d'un pas ferme au-devant de leurs coups. Que ce soit l'échafaud qui tremble et non pas nous. On veut notre tête ! eh! pour n'être pas en faute,