Le Dénouement imprévu, scène vu
cette impérieuse personne. Admirez avec quelle douceur, dans Y Epreuve, elle prépare sa fdle au mariage : « Approchez, Mademoiselle, approchez; n'êtes-vous pas bien sensible à l'honneur que vous fait monsieur de venir vous épouser malgré votre peu de fortune et la médiocrité de votre état? » Frontin ne peut s'empêcher de remarquer : « Ah! madame Argante, vous avez le dialogue d'une rudesse insoutenable ' ». Lorsqu'elle change de nom, elle n'est pas plus aimable. Elle s'appelle Mme Damis dans la Joie imprévue, et voici de quel style elle apostrophe Pasquin qui s'est permis une réflexion : « Vous êtes bien hardi, mon ami, allez, passez votre chemin! Qu'est-ce que cet impertinent-là 2? » Dans tout le théâtre de Marivaux, on ne voit guère que trois rôles de mère qui soient à peu près sympathiques : la marquise, mère du petit-maître Rosimond, Mme Amelin qui avoue qu'elle « aime à rire », qu'elle « aime la joie innocente 3 », et Mme Argante, dans la Mère confidente; mais cette dernière est d'un ordre à part et nous la retrouverons.
D'où vient, chez Marivaux, une telle antipathie pour les mères? On a supposé qu'il avait eu à se plaindre de la sienne, et l'on donne pour raison que, dans ses œuvres, il ne la nomme jamais 4. Nous verrons plus loin 5 ce qu'il faut penser de cette rancune filiale. En attendant, je verrais plutôt dans cette sévérité une protestation contre le système d'éducation maternelle employé par le xvme siècle jusqu'à la révolution salutaire que Rousseau eut le mérite de
i. Scène xv.