LA MÈRE CONFIDENTE
ANGÉLIQUE
Vous, la confidente de vôtre fille?
MADAME ARGANTE
Oh! votre fille! Eh! qui te parle d'elle? Cen'est point ta mère qui veut être ta confidente; c'est ton amie, encore une fois.
ANGÉLIQUE, riant.
D'accord, mais mon amie redira tout à ma mère, l'une est inséparable de l'autre.
MADAME ARGANTE
Eh bien! je les sépare, moi: je t'en fais serment. Oui, mets-toi dans l'esprit que ce que tu me confieras sur ce pied-là. c'est comme si ta mère ne l'entendait pas. Eh! mais cela se doit; il y aurait mauvaise foi à l'aire autrement *.
Mais, dira-t-on, Mme Argante trompe sa fille; elle apporte une arrière-pensée dans ce rôle de franchise et d'abandon réciproque; la mère ne saurait ignorer ce que la confidente apprendra et ne pas en profiter. Sans doute, mais si une habileté quelque peu astucieuse peut être excusable, n'est-ce pas dans une circonstance aussi grave?
La confidente d'une jeune fille ne peut guère recevoir que des confidences d'amour; aussi, dans une scène exquise de délicatesse, Angélique raconte-t-elle bientôt son aventure avec Dorante 2. Il est entendu que la mère ne saura rien, mais la confidente est effrayée; elle a droit de conseil et elle use de son droit :
l'eut s'en faut, dit-elle, que je ne verse des Larmes sur le
dauirer où je te vois de perdre l'otime qu'on a pour toi dans le monde.
ANGÉLIQUE
Comment donc ? l'estime qu'on a pour moi! Vous me