‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 222 sur 345 · LES CLASSES MOYENNES · texte numérisé non relu

LES CLASSES MOYENNES

A côté de chaque commère, une jeune iille. Près de Mme Dutour, Toinon, sa demoiselle de boutique, d'une espèce qui n'est point perdue, majestueuse, dédaigneuse des petits gens, au demeurant parfaitement sotte '. Près de Mme d'Alain, sa fille Agathe, fausse ingénue, discrète et matoise, qui ne résistera même pas au vice, toute préparée qu'elle est par une affinité de nature et par la précoce corruption morale dont les grandes villes atteignent les filles mal élevées ou mal gardées *.

Ces quatre types sont traités avec le bonheur habituel à Marivaux dans ses études de femmes. Les hommes, moins en lumière, sont aussi vrais, comme le plaideur rencontré par Jacob dans le voyage à Versailles3; on voit ses gestes, on l'entend parler. Les personnages même qui ne font que passer sont saisis dans une attitude caractéristique. Ainsi le bouhomme que l'on amène à Jacob pour servir de témoin dans un mariage, et qui se présente « en habit de drap neuf, avec une cravate bien blanche, bien longue, bien empesée et bien raide , avec une perruque toute neuve aussi, qu'on voyait que sa tête portait avec respect 4 ».

Tous ces personnages appartiennent au peuple, mais à divers degrés. Mme Dutour plus près du peuple que de la bourgeoisie, Mme d'Alain plus près de la bourgeoisie que du peuple; même condition mixte et comme incertaine pour l'homme à la perruque et le plaideur de Versailles. Remarquons à ce sujet que Marivaux réserve les rôles plaisants aux personnages de ce genre, moitié bourgeois, moitié faubou-

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