LA NOBLESSE
pourvu que vous eussiez fait comme si vous l'aimiez. » Sa déclaration à Jacob est très simple; les premières paroles à peine échangées, elle lui dit : « Le premier homme pour qui j'ai eu de l'inclination vous ressemblait tout à fait; je le crois voir et je l'aime toujours; je le tutoyais, c'est assez ma manière.... Ne voulezvous pas que je vous traite comme lui •? » Marivaux ne tenant pas à décrire ce qui n'a nul besoin de description pour être compris, ce que tant de romanciers pourtant décrivent si volontiers, il s'arrange de manière à n'être plus obligé de mettre en présence Jacob et Mme de Fécour.
On ne saurait sans injustice conclure de ces deux caractères que telles étaient au xvme siècle la plupart des femmes de la noblesse. Mais n'est-ce pas une charge bien grave, pour une classe et pour un temps, que de fournir de pareils modèles, sans que le romancier qui les met en scène se croie tenu à les présenter comme des exceptions? N'est-il pas grave surtout de les trouver chez le plus réservé, le moins sévère des écrivains de ce temps? Que nous montreront alors ceux qui veulent tout dire! Duclos, Crébillon fils et Laclos se chargent de la réponse.
Mme de Miran et Mme Dorsin atténuent cette mauvaise impression. A côté de la corruption hypocrite ou scandaleuse, elles représentent la vertu sans pruderie, la simple honnêteté.
Mme de Miran, mère de Valville, est la protectrice de Marianne. Depuis le jour où elle a rencontré l'orpheline, elle a été pour elle d'une bonté inépuisable; elle a donné du premier coup à la charité la forme de l'amour maternel et, dans la crise provoquée par