Mars 1720, p. 32 et suiv
DÉBUTS AU THÉÂTRE-ITALIEN. 3o
ou de la fable; les premiers réussissaient d'ordinaire, les seconds échouaient presque toujours. L'expérience ne le corrigea pas davantage pour le choix de ses sujets que pour celui des jours où il donnait ses pièces. Il avait une sorte d'obstination douce et une imperturbable confiance en lui-même. Jamais personne n'écouta les donneurs de conseils avec une déférence plus polie, sauf à n'en tenir aucun compte. Nous le verrons en dehors du théâtre, dans ses romans et ses journaux, répondre aux objections dont ses idées étaient l'objet : il n'abandonne rien; sur chaque point il a ses raisons toutes prêtes et les déduit d'un ton uni, très calme en apparence, mais où l'on sent percer un peu d'aigreur et d'impatience contenue.
Nullement découragé par son échec, il se remet à l'œuvre, et reparait quelques mois après avec une nouvelle pièce, une tragédie en cinq actes et en vers, Annièal l. On trouverait au xvmc siècle peu de littérateurs de quelque renom qui n'aient point fait leur tragédie. Le genre tragique, en effet, était alors entouré d'un respect universel. On goûtait une bonne comédie, mais une tragédie estimable, conforme aux règles et honnêtement versifiée, semblait encore supérieure. La gloire éclatante de la scène tragique pendant le dernier siècle couvrait de son prestige la décadence présente; jamais on ne fit plus de tragédies qu'au xvme siècle : combien en est-il resté? Mais le jour était encore éloigné où l'on devait discuter le principe même de la tragédie et chercher une forme nouvelle. Aussi les débutants s'empressaientils d'essayer leurs forces dans le genre qui donnait le plus vite un nom *.