Ibid. Voir encore, dans le Paysan parvenu, quatrième
Cette brouille est d'autant plus enflammée et la séparation des deux sœurs plus rapide, qu'un tiers se charge d'attiser le feu, M. Doucin, le directeur de ces demoiselles. Marivaux n'aimait pas les directeurs; il les incarne dans ce M. Doucin, avec tant de malice et de vérité qu'on dirait, encore une fois, le résultat d'une expérience personnelle et la satisfaction d'un ressentiment. Aurait-il souffert des directeurs dans la tranquillité de son affection conjugale et paternelle »?
On sait ce qu'il fallait entendre aux deux derniers siècles par directeurs de conscience. C'étaient de savants prêtres, experts en casuistique, et qui se chargeaient de diriger des pénitentes dans la voir du salut, non pas en recevant leurs confessions, mais en les éclairant, par une vigilante tutelle, sur les incertitudes de la doctrine et de la pratique religieuses. Les confesseurs étaient distincts des directeurs, et, dit Sainte-Beuve, « en eux-mêmes réputés assez indifférents, n'étant là en quelque sorte que pour l'œuvre du sacrement 2 ». Dès le premier quart du xviic siècle, la direction spirituelle entre dans les mœurs de la noblesse et de la bourgeoisie; toute femme, pour peu qu'elle soit scrupuleuse et pratiquante, a son directeur. Parmi ces directeurs, jé-
partie, un autre type de dévote, la femme du plaideur que Jacob rencontre dans le voyage à Versailles. Celle-ci montre en action le plus odieux et le plus funeste des bigotismes, celui qui empoisonne l'existence conjugale.
1. On remarquera que le Paysan parvenu est de 1735, c'està-dire antérieur de sept ans à l'histoire de la Religieuse, mais contemporain de l'époque où Marivaux songe pour la première fois à celle-ci et l'annonce. Ainsi la peinture des directeurs trop habiles à provoquer les vocations incertaines, vient logiquement avant celle des religieuses malgré elles.