LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE
stances, ou sur d'autres choses pareilles. A quoi servent leurs méditations là-dessus, qu'à multiplier les preuves que nous avons déjà de notre ignorance invincible M » Marivaux méconnaît ici la noblesse de ce désir qui pousse l'homme à chercher toujours, sans les trouver jamais, la raison et le pourquoi des choses. Il prend trop aisément son parti des bornes posées à la connaissance humaine : « Ne nous révoltons point contre cette admirable économie de lumière et d'obscurité que la sagesse de Dieu observe en nous à cet égard; en un mot, ne cherchons point à nous comprendre; ce n'est pas là notre tâche. » Et il conclut : « Laissons donc là cette science que personne ne me demande, que je ne demande à personne et que toutes nos lumières nous refusent. Soyons bons et vertueux; on apprend si aisément à le devenir! Ce que je voudrais raisonnablement qu'un autre fît pour moi, ne le fit-il point, m'enseigne ce que je dois faire pour lui ; voilà toute la science dont il s'agit, voilà la seule qui soit nécessaire; elle est à la portée de tous les hommes et n'exige presque aucuns frais d'étude 2. »
Jusqu'à quel point la morale peut-elle être indépendante? Séparée des autres parties de la philosophie, ne manque-t-elle pas d'une base solide? Ne se réduit-elle pas à la science de l'intérêt bien entendu? On voudrait que Marivaux abordât cette grave ques-