Le Spectateur français, seizième feuille
comme l'effet d'une tendresse inquiète, qui veut leur bien, qui semble les prier de ce qu'elle leur ordonne de l'aire, qui veut plus obtenir que vaincre, qui souffre de les forcer bien loin d'y prendre un plaisir malin, comme il arrive souvent ; oh ! pour lors vous serez le père de vos enfants ; ils vous craindront, non comme un maître dur, mais comme un ami respectable, et par son amour, et par l'intérêt qu'il prend à eux. Ce ne sera plus votre autorité qu'ils auront peur de choquer, ce sera votre cœur qu'ils ne voudront pas affliger; et vous verrez alors avec quelle facilité la raison passera dans leur âme, à la faveur de ce sentiment tendre que vous leur aurez donné pour vous '.
Il s'est plu à montrer en action ce système d'éducation fondé sur la douceur, et c'est la mère qu'il charge de l'appliquer. Avec quelle effusion d'affection reconnaissante le fils ainsi élevé parle de sa mère! « Je ne me souviens pas de l'avoir jamais regardée comme une personne qui avait de l'autorité sur moi; je ne lui ai jamais obéi parce qu'elle était la maîtresse et que je dépendais d'elle; c'était l'amour que j'avais pour elle qui me soumettait toujours au sien. » Puis, il raconte, avec un attendrissement profond, cette éducation ferme et douce dans laquelle il n'avait à souffrir « aucun emportement, aucun reproche dur et menaçant, aucune de ces impatiences, de ces vivacités de tempérament, qui entrent de moitié dans les corrections ordinaires et qui les rendent pernicieuses par le mauvais exemple qu'elles y mêlent ». Lorsqu'il était en faute, sa mère ne prenait même pas un air sévère : « Elle me disait doucement que je l'affligeais, et me caressait même en me montrant son affliction; c'était là mon châtiment ». Marivaux reconnaît que de pareils moyens ne sont pas applicables à toutes les natures, car « il y a des enfants qui ne sentent rien, qui n'ont point