‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 285 sur 345 · LE MORALISTE (SUITE ET FIN · texte numérisé non relu

LE MORALISTE (SUITE ET FIN

PHILOSOPHIE DE MARIVAUX; SES IDÉES RELIGIEUSES; LA PENSÉE DE LA MORT. — THÉORIES POLITIQUES; LA ROYAUTÉ; « L'ÉDUCATION D'UN PRINCE ». — ■ LES INÉGALITÉS SOCIALES; LE PRÉJUGÉ NOBI- LIAIRE; LA NOBLESSE DE PROVINCE. — LE PERSONNAGE INFLUENT; L'HOMME DE COUR : MARIVAUX SOCIALISTE. — LES HUMBLES.

On ne saurait contester à Marivaux le titre de moraliste : mérite-t-il également celui de philosophe, qu'il s'attribuait volontiers et que nous lui avons appliqué plusieurs fois au cours du chapitre précédent? Nous n'entendons plus ce mot au sens que lui donnaient le xviie et le xvme siècles. La Bruyère et ses contemporains appelaient philosophe celui qui s'appliquait à l'étude de l'homme et de la société ; au temps de Diderot et de Voltaire était philosophe quiconque attaquait non seulement les préjugés et les abus, mais toutes les anciennes croyances. Très philosophe au premier sens du mot, Marivaux l'est beaucoup moins au second. De nos jours, nous entendons surtout par philosophie l'étude abstraite des principes et des causes, de l'âme et de Dieu. En ce sens, Marivaux n'est plus un philosophe. Sur les matières qui sont l'objet de la philosophie, il n'a pas d'idées bien arrêtées; il fait plus usage du sentiment que de la raison. Spiritualiste et chrétien, il n'essaie

l'incrédulité. 433

de prouver ni ses idées ni sa foi; lorsqu'il en parle, il laisse voir une timidité d'esprit, qui est tout le contraire de la philosophie.

S'agit-il, par exemple, de l'existence de Dieu, il se contente de l'affirmer avec une éloquence chaleureuse. Que les athées ne tentent point d'engager avec lui une discussion en règle : il ne daignera même pas réfuter leurs négations; il procédera à leur égard par voie d'invective et de sarcasme :

On parle, dit-il, d'une espèce d'incrédules qu'un appelle athées. S'il y en a. ce que je ne crois pas, ce n'esl point à force de raisonner qu'ils le deviennent. Quand ils auraient tout l'esprit possible, quand ils en feraient l'abus le plus fin et le plus subtil, ce n'est point de là que leur incrédulité tire sa force. Avec beaucoup de subtilité d'esprit, on peut s'égarer jusqu'à essayer de ne rien croire; mais je crois qu on n'y parviendra jamais. Il faut encore autre chose pour cela; il faut être fait d'une certaine façon. On ne devient fermement incrédule que quand on est' né avec le malheureux courage de l'être... etc. '.

Dans un autre passage, il est aussi expéditif et plus dédaigneux encore. Il reçoit la visite d'un jeune « libertin »; celui-ci voit sur la table de Marivaux des livres de piété et s'en moque. L'occasion est bonne pour serrer de près l'incrédule ; Marivaux va-t-il le faire parler pour le réfuter? Il préfère le tourner en ridicule -\ On a vu plus haut 3 ce qu'il pensait de « certains savants faiseurs de système, que le vulgaire appelle philosophes »; nous le verrons 4 faire aussi peu de cas de la philosophie comme science positive et soutenir que la littérature nous apprend tout autant.

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