‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 293 sur 345 · L'Indigent philosopha, cinquième feuille · texte numérisé non relu

L'Indigent philosopha, cinquième feuille

égoïste, pût s'unir à l'extrême avarice en matière de charité. La vue d'un grand seigneur passant avec indifférence près d'un mendiant l'indignait. Quant à l'inégalité fatale de la distribution des richesses , il n'était pas assez économiste pour l'expliquer en la justifiant; il ne trouvait pas la solution d'un problème qui choque l'instinct de la justice. S'il s'est trompé, c'est par excès de sympathie pour ceux qui souffrent, de colère contre ceux qui jouissent aux dépens de leurs semblables. Cette sensibilité, cette tendresse pour les humbles et les petits, si rares encore au moment où il écrivait ', serviraient d'excuse à des erreurs plus graves. Elles suffisent pour assurer aux œuvres morales de Marivaux, en dépit de vues erronées, et, ce qui est plus grave en littérature, en dépit de beaucoup d'incohérences et de longueurs, toujours l'estime et parfois l'admiration de ceux qui consentiront à les parcourir.

I. On a vu plus haut (p. 300, n. 1) ce que d'Alembert et bien d'autres pensaient des petites gens; ils les jugeaient indignes d'occuper la littérature. C'est encore Vauvenargues qui, avec Marivaux, fait exception sur ce point à la règle générale. On trouve dans ses œuvres plusieurs passages où il égale la sympathie de Marivaux pour ceux qui souffrent, quelques-uns où il la surpasse. Voir surtout une page longtemps inconnue et mise en lumière par son dernier éditeur (Réflexions sur divers sujets, xl, Œuvres, p. 97), et qui est assurément une des plus belles qu'il ait écrites.

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