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L'Iliade travestie, livre V

L'iLIADE TRAVESTIE. 457

Or ça, reprit le roi de Troie, Tenez, voilà de la monnoie, Et rendez-moi mon (ils Hector, Que je u'ose dire être mort.

Tel que me voit là Votre Altesse, Si je vous parle avec bassesse, La faute en est au seul destin, Qui me laisse à peine du pain.

Je n'eusse avant votre arrivée Jamais fait pareille corvée.

L'indignation des « homéristes » fut vivo: le public, au contraire, témoigna une indifférence plus pénible pour un auteur que la plus violente indignation.

Plus tard, Marivaux sembla, sinon venir à résipiscence, du moins apprécier avec plus de bons sens les Anciens eux-mêmes et la querelle dont ils étaient l'objet. Tout en maintenant jusqu'au bout ses réserves sur le culte qu'on leur rendait, il reconnaissait leurs qualités. Il leur trouvait « une simplicité noble », « un caractère ingénieux et fin ». Il recommandait au jeune homme qui veut écrire, non pas de les imiter, mais de « se nourrir l'esprit de tout ce qu'il leur sent de bon 2 ». A la fin de sa carrière, il est tout à fait juste à leur égard. Dans le Miroir, à peine s'il laisse percer encore sa vieille rancune contre Homère; il déclare qu'il ne le juge point, « parce qu'il n'en est pas digne, attendu qu'il ne l'a lu qu'en français, et que ce n'est pas là le connaître »; avouant du reste que le vieux poète

est le premier de tous », et qu'il « aurait bien de la peine à ne pas l'être, attendu qu'il est Grec et le plus

I. L'Iliade travestie, liv. XII. — On peut appliquer à de tels iges cette réflexion justement sévère de M. Fournel au Bujel d'un passai.''' analogue du Virgile travesti : « Cette plaisanterie révolte comme une cruauté et une profanation.... 11 nous semble qu'on ne peut se jouer ici du poète sans se jouer aussi des sentiments qu'il a exprimés. ■ {La Littérature indépendante, p. 32 i.)

■i. Le Spectateur français, septième feuille.

ancien ». Mais il admire sans restrictions « l'élégance, la sagesse et la majesté » de V Enéide; il goûte fort « la fierté tantôt romaine, tantôt gasconne » de Lucain; il estime que Sophocle et Euripide « ont été pour le moins les Corneille, les Racine, les Crébillon et les Voltaire de leur temps »; il admire en Aristote, « malgré l'obscurité de sa philosophie, l'auteur dont l'esprit n'a point eu d'autres bornes que celles de l'esprit humain avait de son temps » ; (( peut-être même, ajoute-t-il, qu'il les a passées ».

Longtemps, du reste, avant le Miroir, Marivaux avait eu le courage, tout en restant l'allié des Modernes, de dire à chaque parti ses vérités. Aux fanatiques des Anciens, d'abord, il appliquait une critique sans méchanceté, à la fois spirituelle et sensée, qui valait mieux que la meilleure des parodies. Il relevait plaisamment la cause intéressée qui attachait aux classiques latins et grecs une foule de médiocres écrivains : « Comment, leur faisait-il dire, comment! messieurs les Modernes, petits marmousets, vous prétendez valoir et surpasser des auteurs qui ont écrit en grec et en latin, et que j'étudie depuis vingt ans ! Si le monde allait vous en croire, que deviendrais-je, moi, qu'on associe au respect qu'on leur rend? » Mais il ajoutait, faisant une promesse que, malheureusement, il n'a pas tenue, comme tant d'autres du même genre : « Je parais aujourd'hui n'apostropher que les amateurs des Anciens; un de ces jours les Modernes auront leur tour, je m'y engage, et je promets que leur article vaudra bien celui-ci. » En attendant, il proteste contre les admirations imposées, d'où qu'elles viennent : « On aurait beau me dire, cela ne vaut rien ou cela est excellent, on ne me donne de disposition ni pour ni contre; je lis le livre, et le jugement que j'en forme m'appartient, à moi et

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