‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 83 sur 345 · Mémoires du duc de Luynes, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luynes, t. IV, p

et ennemi de la littérature « légère », il partageait sur le théâtre les idées fameuses de Bossuet. Pouvait-il être indulgent pour celui de Marivaux, où les faiblesses amoureuses tiennent tant de place, pour ses romans qui peignent au naturel des mœurs très relâchés? Bien plus, dans ces romans, les excès de la dévotion sont blâmés et raillés ; les directeurs de conscience y sont tournés en ridicule!

Une pareille littérature encourait d'autant plus les sévérités de Languet de Gergy, que ses amis étaient visés dans la Vie de Marianne et le Paysan parvenu : les modèles de Marivaux ressemblent plus à des jésuites qu'à des jansénistes. A ces rancunes religieuses se joignait peut-être chez l'archevêque un peu d'aigreur provinciale. Marivaux s'était marié à Sens; il avait, paraît-il, emprunté quelques noms propres aux familles de la ville pour ses divers romans l et tels Sénonais pouvaient peut-être se reconnaître dans quelques types de Marianne et du Paysan. En ce cas, Languet de Gergy, en traitant sévèrement Marivaux, aurait vengé non seulement la religion et la morale, mais encore ses ouailles, son chapitre, ses directeurs livrés au ridicule.

Dès le début, il le prit sur son ton dédaigneux qui n'était pas pour plaire au récipiendaire. Il commença par dire en propres termes, que ce qui avait valu à Marivaux les suffrages de l'Académie, c'était ses qualités d'homme privé :

Quoique vous ayez acquis la place que vous venez occuper parmi nous par une multitude d'ouvrages «pie le public a lus avec avidité, ce n'est point tant à eux que TOUS 'levez notre choix qu'à l'estime que nous avons faite de vos mœurs, de votre bon cœur, de La douceur de votre

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