D'Alembert, p
trouve. Elle a des replis où les reproches que nous méritons se conservent, où nos devoirs se plaignent de n'avoir pas été satisfaits; oui, mon ami, des replis où se sauve la dignité de notre être, où elle se venge contre nous de lui avoir manqué *.
Cependant, à force de donner sans compter, Marivaux en était venu à la véritable gêne. Il se faisait vieux; Mme de Tencin était morte; il allait connaître la plus triste des misères, celle des vieillards isolés et négligés après une existence mondaine et brillante. Une dernière amitié lui vint en aide, celle de Mlle de Saint-Jean2. Celle-ci n'était pas une femme célèbre et elle n'avait qu'une bien modeste aisance; Marivaux cependant lui dut plus encore qu'aux nobles et riches amies de son âge mûr. Lorsqu'il fut vieux et malade, Mlle de Saint-Jean lui proposa de venir habiter avec elle : leur âge les mettait à l'abri de la médisance. Marivaux accepta d'autant plus volontiers qu'il se croyait le plus riche des deux. Ils s'établirent donc dans un riant appartement de la rue de Richelieu, dont les fenêtres donnaient sur le jardin du Palais- Royal 3, et c'est là que Marivaux, dès lors à l'abri du besoin et débarrassé de ses préoccupations habituelles, passa les dernières années de sa vie.
Cette amitié inspirait à d'Alembert, dont on sait la tendre liaison avec Mlle de Lespinasse, un retour sur lui-même, d'un tour discret et d'une touchante mélan-