CHAPITRE I
ORIGINALITÉ DU THÉÂTRE DE MARIVAUX; FONTENELLE ET LA MOTTE; MOLIÈRE; REGNARD. — THÉORIE ET CARACTÈRE GÉNÉRAL. — LA PEINTURE DES MOEURS DU TEMPS. — MARIVAUX ET WATTEAU. — L'AMOUR ET L'AMOUR-PROPRE. — L'ACTION ET LES CARACTÈRES. — UNIFORMITÉ DES SUJETS; VARIÉTÉ DES DÉTAILS '.
Depuis la mort de Regnard et de Dancourt, depuis la retraite de Le Sage, qui, après avoir donné un chefd'œuvre à laComédie-Françaïse, boudait les comédiens
1. Pour caractériser le théâtre de Marivaux dans son ensemble, on ne peut étudier que les pièces généralement connues, celles qui ont établi sa réputation. Mais, à côté de ces sept ou huit pièces, il en est d'autres, presque ignorées, et qui sans être supérieures aux premières, leurs sont parfois égales. Or, celles-ci ressemblent fort peu à celles-là. J'étudierai dans les chapitres iv et v ces pièces d'ordre particulier. Ce qu'on va lire dans les trois premiers chapitres s'applique plus Bpécialement à celles qu'on pourrait appeler d'un nom générique les Surprises de l'Amour.
Voici, du reste, comment peuvent être classées les pièces qui composent le théâtre de Marivaux, en laissant de côté le Père prudent et Annibal :
I. Surprises de l'Amour. — Les deux Surp}-ises de l'Amour, la Double Inconstance, la Fausse Suivante, le Dénouement im-
du Roi et bornait volontairement son ambition au théâtre de la Foire, la comédie de mœurs semblait frappée de stérilité. Durant dix ans, de 1710 à 1720, elle ne parvenait à produire aucune œuvre remarquable; quelques pièces régulières et froides, des farces amusantes plutôt que des peintures de la vie reçues avec une espèce de résignation par le public, les derniers et pénibles efforts de Dufresny, les tâtonnements de Destouches qui cherche va voie, les débuts timides du Théâtre-Italien, voilà tout ce que l'histoire dramatique peut enregistrer durant celte période *. Les auteurs qui travaillent pour la scène
prévu, le Jeu de V Amour et du Hasard, les Serments indiscrets, V Heureux Stratagème, la Méprise, le Legs, les Fausses Confidences.
II. Comédies de mœurs. — L'Héritier de Village, l'École des Mères, le Petit-maitre corrigé, la Joie imprévue, les Sincères, V Épreuve, le Préjugé vaincu.
III. Comédies philosophiques. — Vile des Esclaves, l'Ile de la Raison, la Colonie.
IV. Comédies mythologiques. — Le Triomphe de Plutus, la Réunion des Amours.
V. Comédies héroïques. — Le Prince travesti, le Triomphe de l'Amour, la Dispute.