‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 118 sur 360 · L'École des Mères · texte numérisé non relu

L'École des Mères

gent qu'à l'homme sensible, ce qui est un désavantage avec nous, qu'un auteur ne peut affectionner ni rendre attentifs qu'en donnant pour ainsi dire des chairs à ses pensées * ». Aussi prend-il bien soin de mettre dans ses peintures la couleur et le mouvement de la vie; Collé le constate, « il peint l'homme d'après le nu ' ». Le théâtre nous avait habitués, dans la représentation de l'amour, à une rapidité et à des raccourcis, qui semblaient une nécessité de l'art dramatique. L'action, resserrée en un court espace, marchait rapidement au but; les caractères étaient vivement accusés. Chez Marivaux, l'action est lente, les transitions d'un sentiment à un autre sont graduées avec soin. Encore le mot d'action n'est-il pas très juste ici. Qu'est-ce que l'action au sens ordinaire de ce mot? La suite d'un événement dramatique, avec une exposition, un nœud, un dénouement. Or, il serait souvent difficile de trouver dans les pièces de Marivaux un événement bien défini; on ne saurait trop dire où l'exposition commence, où elle s'arrête; le dénouement seul répond aux exigences habituelles de la comédie, en ce sens qu'à la fin de la pièce les deux principaux personnages sont sur le point de se marier. Il y a plutôt une donnée qu'un événement, des transitions insensibles que des péripéties, des nuances que des incidents *. Les moyens matériels

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