‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 124 sur 360 · UNIFORMITÉ DES SUJETS; VARIÉTÉ DES DÉTAILS · texte numérisé non relu

UNIFORMITÉ DES SUJETS; VARIÉTÉ DES DÉTAILS

Chacune de ses tentatives est marquée par une découverte qui a toujours son prix; il n'est pas une de ses pièces, bonne ou médiocre, qui n'apprenne quelque chose sur la manière dont l'amour naît ou meurt *. N'est-ce point là une suffisante nouveauté, et, au lieu de reprocher à Marivaux une stérile ressemblance dans les sujets qu'il traite, ne conviendrait-il pas d'admirer plutôt avec quelle souplesse il varie, au point de la transformer chaque fois, une situation dont le point de départ est, en effet, toujours le môme?

4. Théophile Gautier voit dans cette manière de représenter l'amour toute une révolution, qui assurerait à Marivaux une supériorité sur Molière : « Chez Marivaux, dit-il, on commence à sentir le véritable cœur humain. A travers mille fanfreluches coquettes, on découvre quelque chose de bien nouveau pour le temps, l'analyse sérieuse de l'amour. Molière, qui excellait dans la peinture des caractères en toute autre chose, n'avait fait vibrer qu'une seule fois cette corde-là, dans le Misanthrope; autrement ses amoureux sont de simples jeunes premiers, n'émettant que des sentiments traditionnels et se ressemblant tous. Ce sont les Pamphile et les Chéréas de la comédie latine — des amoureux si l'on veut, des gens qui aiment, jamais. » (Histoire de Vart dramatique, t. V, p. 292.)

Page 1