l*e< Serments indiscrets, acte V, se. h
3. Vile des Es: laves, se. ni. — Voir encore sur la coquetterie féminine, ci-après, p. 254, et 4* partie, chap. u.
le mérite de désespérer. L'un d'eux se permet-il de renoncer à une cour sans espérance, grande colère de la veuve, qui se dit insultée :
Mon veuvage est éternel : en vérité, il n'y a point de femme au monde plus éloignée du mariage que moi, et j'ai perdu le seul homme qui pouvait me plaire; mais, malgré cela, il y a de certaines aventures désagréables pour une femme. Le chevalier m'a refusée; mon amourpropre ne lui en veut aucun mal : il n'y a là dedans que le ton, que la manière que je condamne; car, quand il m'aimerait, cela lui serait inutile; mais enfin, il m'a refusée, cela est constant : il peut se vanter de cela ; il le fera peut-être; qu'en arrive-t-il? Cela jette un air de rebut sur une femme ; les égards et les attentions que l'on a pour elle en diminuent; cela glace tous les esprits pour elle : je ne parle point des cœurs, car je n'en ai que faire; mais on a besoin de considération dans la vie; elle dépend de l'opinion qu'on prend de vous : c'est l'opinion qui nous donne tout, qui nous ôte tout; au point qu'après ce qui m'arrive, si je voulais me marier, je le suppose, à peine m'estimerait-on quelque chose; il ne serait plus flatteur de m'aimer !.
C'est que leur beauté est leur souci, leur fierté, leur raison d'être; cette beauté mobile et piquante, où l'esprit, le regard, le sourire, et surtout la volonté de plaire ont encore plus de part que la nature. Rien de surprenant à cela, et les femmes de Marivaux, si femmes qu'elles soient, n'ont pas le privilège de ce souci; mais elles parlent de leur « visage » avec une franchise que l'on n'a jamais égalée. Elles y reviennent sans cesse; leur pensée n'a d'autre objet que de la faire valoir et triompher. Pourquoi l'une d'elles ne veut-elle point se marier? De peur que sa beauté ne lui appartienne plus :