La Fausse Suivante, acte II, se. u
2. Même les jeunes filles; voir, par exemple, la tirade de Mlle Argante dans le Dénouement imprévu, se. vu.
d'intrigue amoureuse, ce tourbillonnement de pensées, de projets, de résolutions, prises, reprises, abandonnées 4; ce flux de paroles où le vrai et le faux, l'absurde et le raisonnable, s'accordent et se combattent '. Elles-mêmes ne s'y reconnaissent plus : « Où en suis-je donc? » s'écrient-elles tout à. coup, perdues dans ces échevaux de sentiments ténus '. Marivaux les aide en souriant à se retrouver. S'il était né satirique, comme il eût montré qu'il y a, chez ces filles d'un siècle trop raffiné, beaucoup d'étourderie, de sécheresse et d'égoïsme; qu'elles abusent du droit de leur sexe d'avoir plus de sentiment que de raison I Mais il ne saurait leur être sévère : il est lui-même un de leurs amoureux. Il a beau les connaître et voir leurs défauts; comme Cléonte, ils trouvent que ces défauts leur vont à ravir *. A peine, pour montrer qu'il n'est pas leur dupe, un léger sourire qui joue à travers tout son théâtre. Il ne les blâme pas, même lorsqu'il les raille doucement; il est pour elles, comme l'a dit un de ses contemporains, « tendrement épigrammatique * », et, souvent, c'est dans cette ironie voilée que consiste tout le comique de Marivaux, quand il peint les travers de l'esprit et du cœur féminins.
Je me hâte d'ajouter que les héroïnes de Marivaux ne sont pas toujours aussi capricieuses. Après les premières scènes leur humeur taquine s'adoucit;