‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 137 sur 360 · SYLVIA · texte numérisé non relu

SYLVIA

lui destine, l'étudier à loisir et peut-être aussi, car elle est femme, trouver dans cette situation piquante un ragoût de coquetterie. Mais, comme il sied dans une comédie, le futur n'est pas moins méfiant et il arrive déguisé en valet. Trompés l'un et l'autre, les deux jeunes gens s'aiment sans le vouloir; situation extrêmement délicate, que Marivaux traite avec un tact dont il n'y a pas un autre exemple au théâtre. Surprise, inquiète, Sylvia jure de se vaincre; elle lutte donc avec un vrai courage, une vraie douleur, contre un sentiment dont elle rougit. Enfin, lorsqu'elle a deviné la ruse, soulagée d'un grand poids, libre de suivre un penchant maîtrisé à grand peine, elle s'écrie : « Ah ! je vois clair dans mon cœur 1 1 » Elle avait bien besoin que Bourguignon fût Dorante, mais, entre son amour et son honneur, elle n'eût pas hésité. Rassurée dès lors et, comme le dit son frère, mêlant à tous ses propos la douceur dont son cœur est plein, va-t-elle livrer à ôon amant le secret d'une situation qu'il prend toujours au sérieux et dont il souffre lui aussi? Elle préfère continuer l'épreuve : maintenant elle peut être espiègle, coquette et mutine sans danger; surtout elle veut savoir jusqu'à quel point elle est aimée et si Dorante l'eût épousée soubrette. L'amour triomphe; Dorante bravera le préjugé * : « Je t'adore, je te respecte, lui dit-il avec une émotion vraie, peu commune chez les amants de Marivaux; il n'est ni rang, ni nais-

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