Déjà relevé, ci-dessus, p. 155, n
par sa lecture de Sénèque entre deux amoureux qui ne l'écoutent pas et songent à tout autre chose qu'à la philosophie, une scène d'un excellent comique '. Sa manière de tourner une déclaration galante à Lisette ne vaut pas celle de Thomas Diaforius ; toutefois, elle a son prix :
HORTENSIUS
(Vos beaux yeux) ont mis mon cœur en état de soutenir thèse, Mademoiselle, et, pour essai de ma science, je vais, si vous l'avez pour agréable, vous donner un petit argument en forme.
LISETTE
Un argument à moi ! je ne sais ce que c'est, je ne veux point tâter de cela : adieu.
HORTENSIUS
Arrêtez, voyez mon petit syllogisme; je vous assure qu'il est concluant.
LISETTE
Un syllogisme! eh! que voulez-vous que je fasse de cela?
HORTENSIUS
Ecoutez. On doit son cœur à ceux qui vous donnent le leur : je vous donne le mien : ergo, vous me devez le vôtre.
LISETTE
Est-ce là tout? Oh! je sais la rhétorique aussi, moi. Tenez : on ne doit son cœur qu'à ceux qui le prennent : assurément, vous ne prenez pas le mien : ergo, vous ne l'aurez pas. Bonjour!
Et vite elle se sauve, poursuivie par le pédant qui lui offre « de petits vers latins sur ses beautés * ».
1. La seconde Surprise de V Amour, acte II, se. vni. — Cet Hortensius, qui rappelle à quelques égards M. Bobinet, de la Comtesse oVEscar baguas, est un prétexte pour Marivaux, à lancer, chemin faisant, quelques traits comme les anciens. Voir ci-après, 4° partie, chap. v.