‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 166 sur 360 · LA MYTHOLOGIE DANS MARIVAUX · texte numérisé non relu

LA MYTHOLOGIE DANS MARIVAUX

rière à, ses goûts de moraliste, à ses caprices d'imagination, à ses raffinements de dialectique amoureuse, et aussi à cette poésie discrète, qui se joue, plus ou moins apparente, à travers toutes ses œuvres.

Si les pièces mythologiques étaient en grand honneur au xvna et au xvma siècle, jamais la mythologie elle-même ne fut moins bien connue et comprise qu'en ces époques éprises d'antiquité. D abord, la religion des Grecs et celle des Romains étaient toujours confondues l'une avec l'autre, malgré leur profonde différence; divinités grecques et latines, appelées des mêmes noms, étaient considérées comme identiques !. Chose plus grave, le costume, la pantomime, la musique travaillaient de concert à défigurer les terribles ou gracieuses légendes de la Grèce, les mythes sévères de la religion romaine. Au lieu de les goûter dans leur poésie propre, on les considérait simplement comme la principale ressource d'un merveilleux conventionnel, comme des prétextes commodes à intermèdes et à divertissements, à ballets et à carrousels. L'art du maître à danser, du machiniste et du costumier y primaient l'invention littéraire.

Bien que de véritables écrivains, sans compter Molière, eussent mis leur talent au service de pièces de ce genre, Marivaux les dédaigna. Il ne comprenait pas mieux que ses contemporains la mythologie ancienne; il donna le nom de divinités de l'Olympe ou de personnages héroïques à des créations fort éloignées de leurs prétendus modèles, mais il fit œuvre purement littéraire, et, au lieu travailler pour le simple plaisir des yeux et de l'oreille, il resta fidèle

1. Voir, sur cette confusion, la Préface mise par Alfred Maury en tête de la Mythologie romaine de Preller, traduite par 11. L. Dietz (les Dieux de f ancienne Rome).

à la devise de la comédie; il voulut corriger les mœurs par le ridicule '. 11 prit donc deux des vices les plus étalés au xvin0 siècle, le libertinage et la puissance de l'argent; les roués et les financiers lui fournirent le sujet de la Réunion des Amours et du Triomphe de Plutus.

La Réunion des Amours fut représentée en 1731, huit ans après la- Régence, c'est-à-dire k l'époque où la licence des mœurs atteignait le plus haut degré. La Régence a eu dans l'histoire le triste honneur d'attacher son nom au libertinage du siècle dernier : à vrai dire, elle fut surtout une école de débauche, mais c'est après elle que ses leçons portèrent tous leurs fruits. Le mal s'étend de 1730 à 1750; c'est à cette dernière date qu'il a tout envahi et gâté pour le reste du siècle. Le règne du roué commence; la « débauche crue * » ne daigne môme plus se couvrir d'un prétexte de sentiment : « L'amour est devenu une tactique, la passion un art, l'attendrissement un piège, le désir même un masque, afin que ce qui restait de conscience dans le cœur du temps, de sincérité dans ses tendresses, s'éteignît sous la risée suprême de la parodie 3. » Marivaux se garde bien

1. Remarquons en passant que la fameuse devise Castigat ridenUo mores, souvent attribuée à Horace, est due à Santeuil, qui l'improvisa pour l'Arlequin de la troupe italienne de Louis XIV, Dominique Biancolelli. Gherardi la mit en tête d'un frontispice gravé pour son Théâtre parVerdier et Audran et portant au bas, comme un gage de résurrection, un phénix renaissant de ses cendres, avec cette inscription : « De la mia morte eterna vita i vivo. » Lorsque, en 1716, les comédiens italiens revinrent, ils s'emparèrent de la devise de Santeuil et du phénix de Gherardi, et firent peindre la première au fronton de leur scène, le second sur leur rideau. L'Opéra-Comique, héritier de la Comédie-Italienne, hérita aussi de sa devise et Ton pouvait voir celle-ci dans la salle de la place Boleldieu.

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